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Espace América

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Un centre documentaire sur les Arts et les Cultures de l’Amérique Latine.

 

Littérature contemporaine (en espagnol et en français)

Films de fiction ou documentaires 

Musique 

Livres d’art contemporain (en espagnol)

Cartes, revues ...

 

Trois publications permettent de découvrir ce fonds exceptionnel :

 

Note Latine, publiée sur le site de la médiathèque propose des notes de lecture sur la littérature latino-américaine traduite en français (Cliquer ici pour les archives). 

 

Criminales, publiée sur le site de la médiathèque propose des notes de lecture sur la collection "crimen y literatura" du fonds América. (Cliquer ici pour les archives).

 

Chronique de l'Ame, bulletin documentaire trimestriel qui propose des parcours de découverte du fonds América, à consulter sur place et à emporter si on le souhaite. (Cliquer ici pour les archives).

 

Tout au long de l'année des animations, en entrée libre, sont organisées pour connaître la richesse culturelle de l'Amérique Latine : club de lectores, projections, cycle cinéma  Doc Latino en été, exposition, rencontres...

L'Espace América est à la disposition des enseignants pour toute activité pédagogique.

Emprunts avec la carte d’adhérent à la médiathèque. Prêt inter-bibliothèques.

 

"Crime et littérature en Amérique Latine" par Néstor Ponce

Le 4 octobre 2019, la médiathèque de Biarritz et le Festival Biarritz Amérique Latine ont invité Néstor Ponce pour une conférence intitulée Crime et littérature en Amérique Latine.

Né en Argentine, Néstor Ponce réside en France depuis 1979. Docteur en Littérature hispano-américaine, il s'intéresse au roman policier, à la dimension mémorielle de la littérature, aux représentations identitaires qu'elle construit. Mais ses activités sont plus vastes : étude des arts plastiques d'Argentine et du Mexique, journalisme, traduction, réalisation cinématographique et, surtout, il est lui-même écrivain. En 2013, il a été nommé Chevalier des Arts et des Lettres de la République Française et représentant en France de la Chaire Internationale Juan Rulfo.

La médiathèque a demandé cette conférence parce que le fonds littéraire de l'Espace América comprend une collection Crimen y literatura et Nestor Ponce a publié nombre d'articles et d'ouvrages sur le sujet. Il faut citer par exemple Diagonales del género. Estudios sobre el policial argentino, une édition revue et augmentée sortie aux éditions mexicaine COLSAN, en 2013 ou, encore, Lectures du récit policier hispano-américain, édité par l'université d'Angers, en 2005. On lui doit par ailleurs, un excellent polar qui a pour titre La bête des diagonales, un roman qui revient sur la fondation de la ville de La Plata - une fondation marquée par la volonté de rationaliser l'espace - et qui met en scène l'irruption du crime et de l'irrationnel.

Cette invitation de la médiathèque de Biarritz s'est faite conjointement avec le Festival Biarritz Amérique Latine dans le cadre de son focus Patagonie. En effet, vient de paraître en français, aux éditions Zinnia, un de ses romans qui a pour cadre cette région : Une vache tu seras sous peu.

 

"Je vais vous expliquer, d'abord, pourquoi je me suis intéressé au roman policier. Quand j'étais étudiant dans les années 70, à partir de 79-80, j'ai fait un mémoire de maîtrise sur un auteur [...] de l'Argentine, Osvaldo Soriano et, en fait, je ne connaissais rien à la littérature policière et j'avais un regard qui était en quelque sorte méprisant sur ce type de littérature qui me semblait un type de littérature populaire, populiste. Et, lorsque j'ai rencontré Soriano, mon avis a changé. Lui, il était un spécialiste. Il faisait des polars et en même temps il était journaliste. Il avait beaucoup écrit sur le roman policier dans le monde entier. C'était vraiment un spécialiste du roman noir des États-Unis et je crois qu'il m'a éduqué en quelque sorte. Il m'a donné beaucoup de renseignements, beaucoup d'idées et je me suis pris au jeu finalement et j'ai commencé à faire des recherches sur le roman policier et j'ai compris assez rapidement que c'était une littérature qui pouvait révéler des aspects des sociétés dans le monde entier. Donc, une littérature, je vais revenir après sur ce propos, une littérature, non pas engagée mais une littérature qui pouvait parler du présent. Et quand on parle du présent on est obligé d'aborder des points de vue différents et connaître une société ; pour moi, c'était comme un voyage. Lire, lire un roman policier, c'était me transporter dans des contrées que je ne connaissais pas et qui me révélaient d'autres réalités. J'ai été très marqué par cette rencontre et par les lectures qui l'ont suivie. Et, c'est à partir de là, de cette époque, que je me suis consacré... j'ai beaucoup écrit, sur la littérature policière en Amérique Latine. J'étais intéressé de savoir comment cette littérature qui a un code qui est très particulier, qui est un code de l'Occident elle pouvait s'adapter à d'autres pays c'est à dire à tout ce qui est le monde qu'on peut appeler « la périphérie ».

Donc, comme vous le savez, la littérature policière est née à partir d'une nouvelle d'Edgar Allan Poe, Double crime dans la rue Morgue... qui n'existe pas : la rue Morgue à Paris, une rue qui s'appelle Morgue, ça fait peur tout de suite. Donc, elle n'existe pas, je vous le confirme. Et, lui c'était un écrivain de Boston et il cherchait tout ce qui est exotique... l’extérieur... et là, quand il écrit cette nouvelle, au milieu du 19e siècle, en fait il est en train de fonder un genre qui est, ce que dit Borges, […] le genre moderne, le genre grec en quelque sorte. Il crée une situation, un style, des caractéristiques qui vont se reproduire par la suite pendant longtemps.

Alors, qu'est -ce qu'il fait Edgar Allan Poe quand il écrit ce texte ? D'une part, il va inventer un personnage, un personnage qui est un détective, un détective qui est amateur, un homme qui est riche, c'est le chevalier Dupin, [...] c'est à dire qu'il n'exerce pas son métier pour gagner de l'argent. Il le fait parce qu'il y a une idée qui est derrière, qui est l'idée de la philosophie positiviste, c'est à dire tout ce qui est rationnel. Il faut imposer un mécanisme qui est rationnel. Tout peut s'expliquer à partir de la raison. Ses analyses qui sont très carrées, très marquées par cette idée positiviste lui permettent de découvrir une vérité. Après, il y a un autre élément, c'est la construction du récit. Donc, au départ, ou presque au départ, dans un roman policier d'énigme, il y a un délit. Normalement, ce qui nous frappe le plus, à nous tous, c'est que c'est un meurtre, c'est à dire le délit de sang. Quand on tue quelqu'un, on est vraiment bouleversé et on souhaite comprendre ce qui arrive. Après, dans le futur du récit, le détective va prendre connaissance de ce délit. Quand il prend connaissance de ce délit, il y a une autre étape qui démarre, c'est l'enquête. Il faut savoir pourquoi il y a eu ce meurtre, il faut comprendre ce meurtre et le chevalier Dupin mène l'enquête et il commence à suivre le processus du meurtre. Je ne sais pas si vous vous rappelez de l'anecdote du texte, en fait Dupin, il lit dans un journal qu'il y a deux femmes qui sont enfoncées dans une cheminée. Elles sont, bien entendu, mortes. Donc, comme, là, il y a les pieds qui sont suspendus... et il lit ça dans un article de presse ce qui est aussi un élément important [parce que] c'est la diffusion et le rayonnement de la presse à partir du 19e siècle. Donc, le chevalier Dupin, il lit cet article et il est intéressé donc il souhaite connaître la vérité, connaître ce qui s'est passé, il commence à mener l'enquête. Edgar Allan Poe, il invente aussi un autre principe du roman policier qui est le meurtre dans une chambre qui est fermée de l'intérieur. Donc, là, on se pose la question : comment on peut tuer quelqu'un si la porte est fermée ? Donc, il va mener son enquête et [...] il se rend compte qu'il y a - et toujours à partir de la presse - il y a un gorille qui s'est échappé d'un bateau. Donc, il est parti du bateau. Il était paniqué le pauvre gorille et puis il voit, à un moment donné, une fenêtre. Et c'est une fenêtre qui avait un ressort qui pouvait se fermer... J'explique : il monte trois mètres, quatre mètres, il rentre dans la chambre. Vous, comme moi, si on retrouve un animal, un gorille, dans notre chambre on aura un peu peur je pense donc les femmes elles paniquent, elles crient, et, évidemment, l'animal il va réagir, il prend les femmes et il les tue. Et, après, il sort par la fenêtre et, comme il y a un ressort, la fenêtre est fermée. Il y a même des anthologies de nouvelles de meurtre qui ont lieu dans des endroits qui sont fermés mais, lui, il va inaugurer un cycle fianlement Edgar Allan Poe.

Borges, l'auteur argentin, il aimait beaucoup le récit policier et un jour il fait une conférence en Argentine et il dit dans sa conférence : Edgar Allan Poe a créé un genre mais il a créé aussi un lecteur, un type de lecteur. Alors, il regarde le public qui était un peu déconcerté, et il pointe du doigt une femme : vous avez compris ce que j'ai dit ? La femme, elle est devenue toute rouge et elle dit non, j'ai pas trop compris. Alors il dit : je vais vous réciter le début d'un roman policier et il commence avec Don Quichotte de la Manche, « En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero acordarme... », « Dans une bourgade de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom... » Mais, pourquoi il dit « Dans un lieu de la Manche » ? Parce que si vous lisez ça dans le code du roman policier, vous allez vous poser des questions : Pourquoi ? Pourquoi il dit « Dans un lieu de la Manche » ? Pourquoi il ne le cite pas ? Et je ne veux pas me rappeler le nom de ce village... donc, là, il y a quelque chose. C'est à dire que le lecteur, il lit un ouvrage en sachant que c'est un récit policier, il s'interroge déjà sur les conditions du récit et il commence à rechercher des pistes. Nous sommes tous pareils lorsque nous lisons un roman policier et il y a une sorte de concurrence avec l'auteur, nous voulons résoudre le délit. Donc, nous lisons ça, nous nous passionnons et nous voulons expliquer et trouver les clés de cette énigme. C'est vrai que quand on lit ce type de texte, on est confronté à cette idée de concurrence et vous vous rappelez aussi que, quand il y a un récit traditionnel, un récit d'énigme policier, souvent, surtout au début du genre, il y a, à la fin du texte, une sorte de scène théâtrale où le détective réunit tous les suspects. Il dit : « Monsieur, vous, madame, vous, vous, vous... Qui est le coupable ? » Et il commence à s'expliquer et il dit c'est vous monsieur, c'est vous l'assassin mais tout cela se joue sur le style théâtral. Mais, nous, lecteur, lorsque nous arrivons à la conclusion, […] là, on relit le texte. On passe à une relecture du texte. C'est à dire que le roman policier nous mène à une relecture, à revenir en arrière. C'est plein de tricherie et de complexité parce qu'il y a des éléments qui ne sont pas indiqués, que l'auteur n'a pas signalés, qu'il n'a pas dits mais on est obligé à revenir en arrière.

Si on revient maintenant à cette idée du roman policier en Amérique hispanique – On pourrait dire Amérique Latine parce que la différence avec hispanique c'est les pays hispanophones, Amérique Latine c'est le Brésil qui est compris dedans. Moi, je fais toujours la petite différence et, même, autre chose que je vous dis parce que j'entends parfois à la télévision les journalistes qui parlent de l'Amérique du Sud. C'est faux absolument. Il y a trois parties dans les Amériques, il y a l'Amérique du Nord [dont] le Mexique, l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud à partir du Venezuela [...] c'est important - Ce qui me semble très, très intéressant quand on regarde un petit peu le roman policier en Amérique hispanique c'est l'Argentine. C'est en Argentine qu'il y a le premier texte policier et c'est un texte qui est écrit très tôt, en 1878. Quand on y pense, en Espagne, le premier texte policier, purement parlant de texte policier, il faut attendre les années 1920. Il y a d'autres textes qui sont des parodies. Dans ce texte-là […], le premier auteur c'est un pseudonyme qui le crée et il s'écrit Raúl Waleis mais, en fait, c'est l'anagramme de son vrai nom qui est Luis V. Varela - Le « w », c'est le v qui est son prénom, son deuxième prénom, et l'autre v. - [...] Donc, lui, quand il publie son livre, [il] est vraiment pionnier. [...] C'était un auteur ignoré. Là je fais une parenthèse : quand j'ai commencé à travailler sur le roman policier, cet auteur-là, Raúl Waleis, il avait écrit, d'après la critique, une nouvelle. C'est vrai qu'il y avait un spécialiste qui [avait] dit « Raúl Waleis, il a publié une nouvelle en 1878 » et, après, tous les critiques qui ont suivi ont reproduit cette idée mais sans contrôler. Alors, un jour, je suis allé en Argentine et j'ai voulu connaître ce texte, l'édition de ce texte et il n'était nulle part. On le retrouvait pas. Alors, un jour, dans ma ville, je vais à la bibliothèque et, à l'époque - je travaillais dans les années 80 - c'était pas l'informatique, il n'y avait pas de réseau pour trouver. Non, c'était des fiches qui étaient écrites sur un papier et qu'il fallait chercher comme ça et on passait deux heures et deux heures dans les bibliothèques. Alors, je commence à chercher et je tombe sur le texte de Raúl Waleis que je n'avais jamais trouvé nulle part ailleurs alors je demande, bien entendu. Il fallait remplir une fiche : on s'adresse à la bibliothécaire. Et je lui dis : « Est-ce que je peux avoir ce texte ? ». Elle me dit oui et alors, elle me l'amène dix minutes après, parce qu'il fallait le trouver, hein ? Parce que personne ne consultait ce type de texte et, découverte incroyable, ce n'était pas une nouvelle, c'était un roman. Alors là [...] j'ai écrit un article très long qu'on a reproduit un peu partout […] et il y a un journaliste qui est venu me voir et qui a fait un article dans un journal de ma ville. Il dit « Néstor Ponce, le Sherlock Holmes du roman policier ». Et, c'est vrai que c'était une enquête, une enquête de recherche mais qui était extrêmement intéressante.

Après, le récit policier est lié à un autre phénomène de la littérature de l'Amérique du Sud (l'Argentine et l’Uruguay) qui est la nouvelle. Il y avait une tendance très développée à écrire, à produire, des nouvelles. Donc, la nouvelle c'est une structure qui est fermée, qui est circulaire; il y a un départ et après, quand on arrive à la fin, il y a comme une coïncidence entre le début et la fin. Tout s'explique. Et, je crois que le récit policier a été influencé par cette pratique et il y a des auteurs, je dirais pas des auteurs de littérature policière directement, au début du 20e siècle, mais il y a déjà certains éléments qui montrent l'influence, la présence de cette littérature.

Et, puis, on arrive aux années 1920, toujours en Argentine, il y a un auteur […] Roberto Arlt. […] Lui, il était - je dirais pas analphabète – mais, il n'avait pas fait d'études, c'était un autodidacte ; il travaillait dans un journal très important, Crítica, à Buenos Aires et il avait son bureau, il écrivait ses chroniques ; Il y avait une personne qui était dans le bureau à côté qui corrigeait les fautes qu'il faisait donc il retapait tout, il améliorait, l'article était envoyé. Et, lui, pour moi, c'est un novateur total, complet parce qu'il va anticiper une autre étape du récit policier qui est le roman noir. […] On était, au départ, dans le roman à énigme et là on arrive, dans les années 1920, à un autre type de textes policiers qui est le roman noir et qui surgit aux États-Unis essentiellement. Il y a des revues, des explications de pourquoi il y a ce phénomène. Il y a des phénomènes qui expliquent la naissance du récit à énigme et [du] récit noir : […] les conditions sociales et la littérature. Les conditions sociales dans le roman à énigme c'est ce que je disais tout à l'heure : le rationalisme et l'optimisme. On pouvait penser que la société allait progresser tout le temps et,quand on arrive dans les années 1920 aux États-Unis, la situation change complètement. [...] On est dans la période d'une crise qui va déboucher, en 1929, dans le krach de la bourse de New York et là, la situation change complètement : on passe de l'optimisme au pessimisme et le roman noir il exprime, en fait, cette réalité, cette perte de valeur finalement. On avait des valeurs qui étaient optimistes, on pensait que le progrès allait être éternel et, quand on arrive dans les année 1920, on se trouve dans une situation qui est complètement différente. Cet écrivain de l'Argentine, Roberto Arlt, il anticipe cette crise. Il ne lisait pas l'anglais - Je me suis renseigné, ça m'a coûté pas mal - il lisait pas l'anglais mais il ressent finalement la même situation en Argentine, il ressent un crise très forte de la démocratie, des valeurs sociétales qui se produit dans les années 1920-1930. Il va les exprimer dans des textes qui sont étonnamment des récits noirs donc moi, j'ai fait un recueil que j'ai retrouvé en regardant à droite à gauche, je publie une anthologie de nouvelles noires de Roberto Arlt et je considère que, lui, il est le fondateur du récit noir en Amérique hispanique. Il y a eu beaucoup d'anthologies par la suite mais ma théorie elle s'appuie sur cette découverte, cette relation entre un auteur qui est dans les antipodes, dans la périphérie, dans le sud de l'Amérique du Sud [...] et cela se produit à la même époque.

Je ne sais pas si vous êtes allé au festival... il y a un auteur Mempo Giardinelli qui est argentin... je vais revenir sur lui mais je vais parler auparavant d'un auteur qui est catalan, Manuel Vázquez Montalbán. Il a fait toute une série, la série Carvalho, où il introduit un élément - parce qu'il y a beaucoup d'ironie et d'humour dans les textes de Vázquez Montalbán - il met des recettes de cuisine. Je vous assure que cela marche. Vous prenez les recettes de cuisine, vous les reproduisez et c'est très bon. Et, même, il y a eu une anthologie après, il y a eu un auteur qui a repris toutes les recettes de cuisine des différents livres et qui a écrit un ouvrage qui s'appelle Les recettes de Carvalho.

Et, là, ce que je trouve qui est paradoxal, comme cela s'est passé dans les années 20 entre le roman noir américain et Roberto Arlt, c'est qu'il y a des auteurs de l'Amérique Latine qui écrivent la même chose, à la même époque, sans se concerter et ils font des romans noirs. Donc, il y a Vásquez Montalbán en Espagne, il y a des auteurs partout dont Mempo Giardinelli qui, à l'époque, est en exil au Mexique. Alors, quand on se pose la question pourquoi, c'est Mempo Giardinelli qui le dit, c'est que très souvent - au Mexique il y a le même phénomène ou au Portugal aussi il y a un phénomène qui est parallèle - c'est la répression politique, c'est à dire ce sont des journalistes. Les journalistes, en principe, pas tous, doivent dire la vérité, nous sommes tous d'accord. […] Mais, là, ce sont des auteurs, des journalistes professionnels qui ne pouvaient pas s'exprimer donc ils partent en exil partout dans le monde et ils trouvent un moyen d'expression pour raconter cette réalité et là, Vásquez Montalbán, il disait que le roman policier était le dernier refuge de la littérature réaliste. À une époque, dans les années 70, où, dans la littérature en espagnol, le formalisme dominait donc, là, c'est comme un retour en arrière, [on] revient vers le réalisme et ce sont des textes qui sont ancrés dans la réalité. Il y a des problèmes de démocratie, de dictature et [de] censure donc, évidemment, la littérature elle ouvre une perspective pour pouvoir parler d'une réalité. Il y a un cas qui m'a marqué quand j'ai rencontré cet auteur - c'est un auteur qui n'est pas traduit en français - c'est une personne de l'Uruguay qui s’appelle Hiber Conteris et, lui, c'était un militant politique, donc opposé à la dictature de l'Uruguay, et il était emprisonné dans une prison qui portait un nom qui était tout à fait paradoxal qui était Libertad. Donc, la prison qui s'appelle Liberté faut le faire! Et, lui, il a commencé à rédiger un roman policier… et ce qui est assez incroyable c'est parce qu'il n'avait pas le droit d'avoir du papier mais, par des moyens détournés, quand il y avait une personne de la famille qui arrivait il pouvait donner des papiers presque transparents et il a écrit avec une écriture minuscule tout le texte. Il les a cachés dans des souliers parce qu'il pouvait fabriquer, il faisait de l'artisanat […] mais c'était impossible de réunir tout un roman policier donc il a retenu en mémoire. Il me disait, quand je l'ai rencontré : ce que je faisais tous les matins, je me redisais le texte, ce que j'avais pensé. Quand il est sorti de prison, il a écrit ce texte, il l'a publié, il a connu un grand succès. Mais, cela montre en quelque sorte, ce rapport entre la réalité et la fiction et comment la fiction peut transmettre, retranscrire les phénomènes de la société qui sont parfois interdits de dire. Il y a un problème de prise de parole.

Au Mexique, il y a un autre cas , c'est Paco Ignacio Taibo II. Est-ce que vous savez pourquoi il s’appelle Taibo II ? Parce que son père était auteur, il s'appelait Paco Ignacio Taibo alors, lui, il a créé une dynastie. […] C'est pas simplement un auteur, il a permis de faire connaître ce type de littérature partout en Amérique Latine et il créé un concept, il parle du néo-policier qui est un genre, il dit, pas influencé directement par le roman noir - même si je pense qu'il y a une grosse influence mais, bon, ça c'est sa position - et il dit qu'il est influencé par le contexte des années 70. Lui, c'est un auteur qui est né en Espagne, à Gijon, dans les Asturies et, quand il était tout petit - son père était républicain - il a du partir au Mexique, en exil, avec sa famille. Et, lui, il se considère comme un Mexicain et il écrit en Mexicain, l'oralité qui joue un rôle très important dans ce type de récit, lui, il écrit vraiment comme un Mexicain. Ce qu'il dit c'est : moi, je suis influencé par la littérature du monde entier, je suis influencé par la poésie espagnole, de la République, donc il cite Machado, García Lorca, Cernuda, etc... Et, puis, il dit : j'ai été influencé par les chansons de contestation des années 60-70 qui est un genre qui est très important en Amérique Latine là, c'est pour toute l'Amérique Latine. Pour le Brésil, vous connaissez Chico Buarque de Hollanda, lui, il a vraiment des paroles qui sont très fortes pour parler de la dictature. Il a un texte en particulier, je vous le conseille parce que je l'adore, il parle de l’Église. Il dit « Pai, afasta de mim esse cálice », Père, éloigne de moi le calice parce qu'il est plein de sang. Et c'est pas le sang du christ, c'est le sang de la répression de la dictature.

L'Argentine et le Mexique sont en quelque sorte les pôles de ce déroulement, de cet avancement du roman policier en espagnol. Mais, après, ce qu'on trouve c'est d'autres pays qui s'intègrent : le Chili assez rapidement. Il y a un auteur chilien, Poli Délano qui écrit un récit magnifique, un récit policier sur la ville de Guanajuato où il découvre un meurtre qui a été commis au siècle précédent. Je ne sais pas s'il y a des personnes, ici, qui ont été à Guanajuato ? Donc, il y a une chose qui est incroyable, qui est le Musée des Morts. le Musée des Morts parce […] les Mexicains, ils ont un rapport avec la mort qui est complètement différent à nos critères [...] : il y a une continuité entre la vie et la mort, une continuité, c'est circulaire. Et, dans cette ville où j'étais il y a quelques années, il y a donc un musée des morts et je voulais le voir. J'avais vu... il y a des cartes postales des morts... Attention. Alors, pourquoi ce musée des morts ? Parce que c'est une ville où la terre a beaucoup de sel. Et, le sel conserve les corps. À la fin du 19e siècle, la ville s'était agrandie énormément donc les autorités, la municipalité a décidé de changer la place du cimetière. Donc, c'est très important de pouvoir suivre vos ancêtres, ils ont déterré les morts. Et, quand ils ont déterré les morts, ils ont trouvé qu'ils étaient vraiment très conservés. Je dirais pas intacts mais presque. Et, qu'est-ce qu'ils ont fait avec les morts qu'ils ont déterrés ? Ils les ont pas enterré parce que c'était une trouvaille, ils ont fait un musée. Et ils les ont mis dans des vitrines. Donc, si vous allez à Guanajuato, il y a tous les morts qui sont accrochés autour des murs. C'est comme une exposition. Et, quand j'étais dans cette ville, je voulais voir ce que c'était parce que ça a attiré mon attention. Je ne suis pas ténébreux, ni pervers mais, bon, ça me posait des questions. Et, j'ai dit, bien entendu, à mon épouse : Est-ce que tu veux venir ?

-Ni loca. Jamais.

Et, j'arrive au musée et, je vois... devant moi, il y a la queue pour rentrer au musée. J'arrive assez tôt, le musée n'était pas ouvert. Il y avait une famille. Mais, quand je dis une famille... il y avait un couple avec des enfants. Je dis : Mais ils sont fous ! Ils vont montrer les morts aux enfants ! Mais, il y avait cette idée déjà du rapport de la mort qu'ont les Mexicains et la continuité, cette continuité de la vie. Donc, on entre dans le musée. Vous savez ? Il y a des files qui se font, il y a des sortes de grilles, et tous les morts sont là. Et, l'enfant était devant moi, je me dis : mais comment il va réagir cet enfant ? Il arrive et il dit à son père : papa est-ce que tu peux me prendre dans tes bras pour que je vois mieux. Le père, il soulève l'enfant. C'est la folie. Et le commentaire me fait rire, il dit : Ah ! Mais, il a encore ses chaussettes ! Donc, je pense qu'il est naturel qu'au Mexique, il y ait justement […] cette relation [...], c'est une tradition qui vient du monde précolombien et, aussi, [de] la période de la violence, au Mexique.

Et, puis, [de] la violence qui a eu lieu dans les années 70, cet auteur-là, Paco Ignacio Taibo II, il témoigne. Il va nous proposer un témoignage de ce type de littérature. Si vous rencontrez une autre fois, Mempo Giardinelli, vous pouvez lui poser la question : Qu'est-ce que tu as dit du premier roman de Paco Ignacio Taibo ? ... qui était mal écrit, c'est sûr, il n'y a pas de souci. Et il avait une phrase - quand on écrit avec une machine, à l'époque, on tapait avec les doigts - et, il a dit : il écrit avec les pieds. Non, parce que c'est vrai que ses premiers textes sont mal écrits. Après, il s'est amélioré et il est devenu un grand auteur. Je l'apprécie, je l'admire. Et, c'est lui qui a créé justement – comme il est d'origine espagnole, il a voulu retrouver ses racines – et, il a créé le festival du roman noir en Espagne qui est le plus important en langue hispanique, […] le festival de Gijón, dans les Asturies. Il est le président du festival, il va tous les ans et c'est un lieu de rencontre et de débats et de discussions.

Pour le Chili, il y a des auteurs, à partir des années 70, qui sont d'une grande importance. Je ne vais pas tous les citer mais il y a en [un] que vous connaissez, c'est Sepúlveda. Luis Sepúlveda qui a fait quelques récits policiers. Ce n'est pas un de mes auteurs préférés mais il a une diffusion qui est très importante, il a été traduit dans le monde entier et il a fait des films, en plus ! Et il était même le metteur en scène de ses films. Mais, il y a un auteur, pour ceux qui lisent en espagnol, je vous le conseille fortement, c'est Bartolomé Leal, c'est un pseudonyme. […] C'est un auteur qui a vécu au Kenya et il situe ses textes au Kenya. Et, c'est extrêmement intéressant parce qu'il parle beaucoup de la cuisine en même temps, il donne toutes les recettes, mais il montre une autre culture. Tout est écrit en espagnol. J'espère qu'il va être traduit en français parce qu'il le mérite largement. Il a été publié au Chili, bien entendu, et en Bolivie aussi. Il s'occupe d'une collection de récits policiers. Il m'a publié lui-même au Chili et il lance une collection de textes qui ont entre 20 000 et 30 000 mots. Je ne sais pas si vous avez une idée, quand vous tapez dans l'ordinateur, vous pouvez regarder le nombre de mots qu'il y a. Et il m'écrit, il me dit, voilà, je vais lancer une collection, est-ce tu veux participer ? Tu veux faire un texte entre 20 000 et 30 000 mots ? […] Elle est pas sortie encore mais c'est la maison d'édition Espora, elle va démarrer d'ici peu. Moi, j'ai fait mon texte et j'ai eu 13 000 mots. Je le lui envoie et il me répond : c'est très bien, j'apprécie beaucoup mais il faut que tu l'amplifies. Et c'est marrant parce qu'on dirait qu'on travaille, qu'on écrit sous commande en quelque sorte. En théorie, un écrivain doit défendre sa liberté d'écriture et, moi, quand j'ai fait mon texte, c'est ce que je lui disais, il est sorti comme ça, c'est 13 000 mots. Et, là, il me dit, tu sais ce que tu peux faire ? Tu peux mettre des recettes de cuisine. Alors, c'est sur la Patagonie, en plus, […] je suis en train de chercher des recettes de cuisine des Indiens qui sont dans ce texte-là, dans Una vaca pronto serás, Une vache tu seras sous peu où je mets pas mal de recettes de cuisine, et d'autres recettes sont inventées, ça, je vous le dis, donc n'essayais pas de les faire parce qu'ils mangent de la viande crue... J'aime pas le tartare, le tartare, j'ai horreur de ça. […]

Après, en Uruguay, il y a un autre auteur qui a une tendance vers le policier, qui est un auteur que j'adore, [que] j'apprécie beaucoup, c'est Onetti, Juan Carlos Onetti où il y a une influence. C'était un grand admirateur de la littérature policière. […] C'est Carpentier qui était un grand amateur de littérature policière et il disait : quand il y a un intellectuel qui aime le roman policier, ils sont cachés dans sa bibliothèque. Donc, il les met derrière. Il met les classiques devant et les romans policiers sont derrière. Et, Onetti, c'est quelqu'un qui a marqué la littérature de l'Amérique du Sud.

Et, puis, un autre élément qui est important, c'est les prix littéraires et les festivals. En Amérique Latine, vous allez retrouver, même au Brésil, […] des festivals avec des prix littéraires. En France, quand il y a un prix littéraire, normalement, c'est un roman qui a été publié : le Goncourt, etc. Alors, en Amérique Latine, et en Espagne aussi, il y a une autre tendance, c'est des inédits. Donc, vous envoyez, avec un pseudo, les textes, avec une lettre où il y a toutes vos coordonnées et le prix est octroyé après. Et, là, dans les festivals, il y a cette tendance aussi, ils sont liés à des maisons d'édition, des maisons d'édition indépendantes, je tiens à le souligner. Il y a des festivals : en Colombie, qui s'appelle Medellín Negro, il y a en Argentine […] à Córdoba, Córdoba Mata, Córdoba tue, [...] à Buenos Aires, à Mar del Plata, dans plusieurs villes. Au Chili, aussi, il y a un festival. C'est très important parce que ce sont des lieux de rencontre. J'ai rencontré, cet après-midi, Mempo Giardinelli. Il m'a dit : ça fait des années qu'on ne se voit pas, il y a dix ans ! J'ai dit, non, on s'est vu au festival de Medellín, Medellín Negro. Ah ! C'est vrai, t'as raison. Et, là, c'est vraiment des endroits de rencontre et ce sont les écrivains qui organisent ce type de festival. Aussi, c'est hyper important pour la communication, pour la rencontre en soi.[...]

Il y a un autre phénomène qui est un peu différent sur le récit policier qui est le cas de Cuba. A Cuba, le phénomène, pourquoi il est particulier ? Parce qu'à partir de l'année 1960, le Ministère de l'Intérieur, il va organiser un prix littéraire et tout était très cadré. Cuba était un pays où - un pays socialiste- où il n'y avait plus de délinquant. Ce qui était faux parce qu'il y a toujours des délinquants mais ils ne [le] reconnaissaient pas alors, ils ont trouvé une astuce pour créer un roman policier qui était une sorte de roman d'espionnage. C'est à dire que le délinquant était le contre-révolutionnaire, celui qui allait lutter contre le régime ou qui était soutenu par la CIA. Donc ce sont des textes particuliers. Mais, il y a un auteur qui apparaît […] fin des années 60 que j'ai voulu publier en France mais j'ai pas réussi - parce que j'ai dirigé une collection de romans policier latino-américains et la maison d'édition a fait faillite alors que ma collection, elle marchait très bien. Donc, j'ai pas pu la revendre, elle a fait faillite [...] - et je suis rentré en contact avec lui. C'était un auteur qui était un informaticien, qui s'appelait Ignacio Cárdenas Acuña. Et, lui, pour détourner cette idée du récit d'espionnage, il a eu une idée géniale, […] il a situé son texte dans les années 50, donc avant la révolution cubaine, au début des années 50, avant la révolution de Fidel Castro de 1959, du 1er janvier 1959. Donc, il a localisé l'action de ses romans dans une époque de corruption et, là, il pouvait tout dénoncer, il pouvait parler de la société, critiquer les États-Unis, il pouvait tout critiquer. Et ce sont des textes excellents. […] Les autres auteurs, pardon, qui ont adhéré au mots d'ordre du régime sont très mauvais, vraiment, ce sont des textes qui sont très schématiques mais, à La Havane, il y avait une collection, une collection de récits policiers qui suivait les « ordres » de la révolution du ministère. Et, puis, il y a un auteur qui surgit […] qui est Leonardo Padura. Padura qui vit toujours à Cuba, qui écrit des textes sur l'époque actuelle et qui parle de la société cubaine telle qu'elle est. […] Il est devenu … parce qu'il est très critique dans ses textes … c'est un intouchable. On peut pas le toucher parce qu'il est très connu donc, là, si le régime fait quelque chose, il va y avoir des problèmes. Donc, le régime n'a pas intérêt de l'arrêter, de le mettre en prison. Et, lui, il a une activité intellectuelle et culturelle qui est très importante. Et, lui, comme Paco Ignacio Taibo II, il va énormément travailler sur le registre de l'oralité. C'est vraiment le cubain de La Havane qui est présent dans ses textes. Dans les traductions, on peut le perdre un petit peu mais, si vous osez le lire en espagnol, vous allez trouver des registres qui sont vraiment très personnels, très particuliers. […]

Et, puis, il y a un autre phénomène, je vais terminer avec ça, un autre phénomène qui a lieu en Argentine, maintenant, c'est la littérature des femmes. Des femmes qui font des textes policiers ou qui ont un rapport très fort avec le roman policier. Il y en a qui sont traduites. […] Adriana Harwich, elle est traduite en français donc je vous conseille, ce sont des textes d'une lourdeur, d'une force... et, moi, je trouve que ces femmes-là, elles apportent un renouveau dans la littérature. Il y a une autre femme qui est traduite aussi qui est Selva Almada qui a une particularité, elle fait beaucoup de textes qui ne sont pas centrés dans la capitale, à Buenos Aires. Souvent le récit policier il est consacré dans la capitale, dans une grande ville, et, là, elle va à l'intérieur, ce qu'on appelle en Argentine "el interior", c'est à dire la province, en particulier Entreríos, Corrientes. Il y a une autre femme qui est remarquable aussi qui s'appelle Gabriela Cabezón Cámara, Cabezón qui veut dire la grosse tête, Cabezón Cámara qui est traduite aussi. Et, puis, une auteur qui a été finaliste du prix de Gijón que j'ai rencontrée justement l'année où j'y suis allé, qui a un texte excellent qui est María Inés Krimer, une écrivaine d'origine juive, qui a fait un texte sur les problèmes écologiques en Argentine et la culture du soja en particulier parce qu'il y a beaucoup de pesticides qui sont employés et, là, c'est un texte qui va dénoncer toute la situation, tous les problèmes qui se produisent pour les populations aux alentours. Parce que, là, il y a des pesticides, et pas uniquement dans l'endroit où il y a la culture du soja sinon tous les gens qui sont autour sont affectés aussi. […]

Le roman noir actuel, en Amérique Latine, en Amérique hispanique, témoigne de l'évolution des sociétés hispano-américaines, montrent les failles sociales et met en lumière les changements opérés à cause du néolibéralisme qui sévit dans la plupart des pays. Loin de se cantonner à un langage plat et sans relief, le polar hispano-américain fait preuve d'inventivité et de renouveau, soigne la construction du récit, travaille sur la langue pour illuminer le désespoir."

ANIMATIONS AMERICA Novembre-Décembre 2019

Parcours documentaire

De septembre à novembre 2019, Espace América

Le cinéma dans le fonds América

L'Espace América, centre documentaire de la médiathèque de Biarritz dédié aux Arts et aux Cultures de l'Amérique latine publie un bulletin documentaire trimestriel qui invite à une exploration thématique de ses collections : Chronique de l'AME. Pour cette édition, vous êtes invité à découvrir le fonds cinéma. Les films et les livres sont à votre disposition à l'Espace América. 

 

Exposition

Du 2 octobre au 28 novembre 2019, Hall d'exposition

Empreinte et territoire par le collectif MACLA de Bordeaux

Cette exposition montre des pièces d'un collectif d'artistes latino-américains implantés à Bordeaux depuis 2014 : la MACLA, Muestra d'Art Contemporain Latino-Américain. Une exposition présentée cette année à l'Institut Cervantès de Bordeaux et de Toulouse et qui explore la relation entre l'identité et l'appartenance à un territoire.

 

Exposition

Du 2 au 27 novembre 2019, Aquarium

Sur les traces d'Amaliwaka. Photographies d'Henry Corradini

Arrivé au Venezuela en 1948, Henry Corradini formé aux Beaux arts et à l'ethnologie part à la rencontre des Indiens d'Amazonie : Panare, Pemon, Kariña.... L'exposition montre des photographies de l'ethnie panare. Des objets ethnologiques en provenance de la région seront aussi exposés. Vernissage, le vendredi 8 novembre, à 18h15.

 

Projection

Jeudi 7 novembre 2019, 17h30, Auditorium

Río Negrod'Atahualpa Lichy (V.O.S.T., 1h 58min.)

En 1912, sur le territoire de Rio Negro au Venezuela, l'arrivée de l'ambitieux gouverneur Osuña, délégué par le dictateur Juan Vincent Gomez, déclenche les hostilités du chef local Carrera qui règne en maître dans la région. Film présenté par Antoine Sébire, Délégué général du Festival Biarritz Amérique Latine, en présence du réalisateur.

 

Club de lectores

Vendredi 8 novembre 2019, 10h30, Espace América

Thème : Mirada de niño

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Un thème et la bibliographie qui l'accompagne sont à votre disposition à l'Espace América.

 

Table ronde 

Vendredi 8 novembre 2019, 16h, Auditorium

Rêveurs de sud : humanistes français dans la forêt vénézuélienne

Paru en 2000 aux éditions Atlantica, sous la direction du regretté Jean-Marie Lemogodeuc qui est le fondateur de l'Espace América,  Rêveurs de sud : humanistes français dans la forêt vénézuelienne raconte le destin de personnalités qui ont dédié leur vie aux cultures archaïques du sud-vénézuelien : Jean-Marc de Civrieux, Henry Corradini, Marie-Claude Mattei-Muller et Jacques Lizot. Table ronde animée par Anne Etcheverry, Beñat Achiary, Nelson Diaz-Clément et Jean-François Larralde. En partenariat avec l’Association du Festival Biarritz Amérique Latine et les Éditions Atlantica.

 

Ciné du Jeudi

Jeudi 14 novembre 2019, 15h30, Auditorium

De larges détails : Sur les traces de Francis Alÿs de Julien Devaux (V.F., 56 min.)

Depuis la fin des années 1980, l'artiste belge Francis Alÿs, architecte de formation, arpente la mégapole de México dont il a fait la matière et le lieu d'expérimentation inspirée du Land Art.

 

Lecture théâtralisée

Samedi 30 novembre 2019, 16h, Auditorium

Le monde littéraire de Mario Vargas Llosa par la Compagnie Diversités

La Compagnie Diversités lit, en français et en espagnol, des extraits des œuvres majeures de l'écrivain péruvien. Entre mythologie, récits narratifs et théâtre, les trois comédiens imbriquent dans leurs jeux de lecture le regard incisif et la gravité joyeuse de l'auteur, qui n'a de cesse, comme il le dit lui-même, « d'élaborer une légende latino-américaine de notre temps ». Avec Marie Mas-Pointereau, Annie Vignal et Leonardo Alejandro Hincapié.

 

Parcours documentaire

De décembre à février 2019, Espace América

Figure de l'écrivain dans la littérature latino-américaine

L'Espace América publie un bulletin documentaire trimestriel qui invite à une exploration thématique de ses collections : Chronique de l'AME. Pour cette édition, vous êtes invité à découvrir comment la figure de l'écrivain est abordée dans les œuvres de fiction de la littérature latino-américaine.

 

Club de lectores

Vendredi 6 décembre 2019, 10h30, Espace América

Théme : El padre en la literatura latino-américana 

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Un thème et la bibliographie qui l'accompagne sont à votre disposition à l'Espace América.

 

Ciné du Jeudi

Jeudi 12 décembre 2019, 15h30, Auditorium

Filmer obstinément : rencontre avec Patricio Guzmánde Boris Nicot (V.O.S.T., 1h 38min.)

Portrait d'un homme hanté par l'histoire de son pays, le Chili, et qui a choisi de lutter contre l'oubli avec les armes du documentaire. Au fil des entretiens, à partir d'extraits de films et d'éléments préparatoires, s'ébauche une profonde leçon de cinéma.

Note Latine : « La mort en effigie » d'Autran Dourado

Titre original : Os sinos da agonia

Traduction de Geneviève Leibrich et Nicole Biros

(A.M. Métailie, 1988)

A Vila Rica, dans le Minais Gerais, Januario, bâtard moitié indien d'un grand fazendeiro, est condamné à mort pour avoir assassiné l'époux de celle dont il est fou : Malvina, une dame de la haute société, éprise, elle, de son beau-fils. Trois personnages au prise avec les tourments de l'amour au XVIIIe siècle pour raconter une société coloniale qui se délite. La peinture menue des sentiments, des mœurs et des paysages qui semble s'inscrire dans la tradition romantique et folkloriste illustre ce basculement dans une autre époque historique. Autran Dourado (1926-2012) était originaire du Minais Gerais et une grande partie de son œuvre a pour cadre cette région.

"Ne permets jamais, mon fils, qu'ils te confondent avec un mulâtre ou un métis d'Indien et de Nègre. Tu as parfois l'air passablement Noir. Ne te laisse pas faire, ce serait dangereux, ils pourraient te marquer au fer. A ma naissance ils ont voulu m'inscrire sur les registres baptismaux comme métisse de Noir et d'Indien. Comme cela j'aurais été esclave. Il a fallu à mon père le courage de s'avancer et de dire, c'est ma fille, la fille que j'ai eue d'une indigène, protégée par une bulle du Pape, par la loi du Roi. Voilà ce que me racontait ma mère."

Note Latine : « Nuit d'orage à Copacabana » de Luiz alfredo Garcia-Roza

Titre original : Espinosa Sem Saída

Traduction de Sébastien Roy

(Actes Sud, 2015)

 

Pour les amateurs de polar, en voici un brésilien où un commissaire opiniâtre tente d'élucider le meurtre d'un mendiant. L'auteur est aussi psychologue. On trouve donc dans ce roman une psychothérapeute assassinée et des troubles de l'identité...

"Il n'était pas rare, en été, que des patients du quartier vinssent à leur consultation en short ou en tongs ; ils s'allongeaient sur le divan de l'analyste comme s'ils étaient dans leur salon en train de discuter avec une amie. Maria était une de ces patientes. Elle avait débuté son analyse trois mois auparavant ; et malgré la décontraction de ses vêtements et de ses gestes, elle demeurait encore rivée au récit de sa vie."

Note Latine : « Les exilés » d'Horacio Quiroga

Titre original : Los desterrados

Traduction de François Gaudry

(Éditions Métailié, 1995)

 

Daté de 1926, ce recueil du grand conteur que fut Horacio Quiroga (1878-1937) nous plonge, dès le premiers récit, Le retour de l'Anaconda, dans les mystères, les cruautés et la beauté de la vie sauvage dans la forêt tropicale.

Poète autant que conteur, Quiroga décrit minutieusement, comme un naturaliste, les phénomènes et les paysages de cette région de Misiones à laquelle il rend hommage. Il collecte des informations sur les hommes et sur les choses et les transpose dans des histoires humaines et horribles. Si Quiroga participe de manière magistrale, avec ce recueil, à l'essor des récits sombres, il est aussi à compter parmi les premiers auteurs du continent à célébrer sa nature.

"Misiones, comme toute région frontalière, est riche en individus pittoresques. Il en est d'extraordianires auxquels, telles des boules de billard, la naissance a imprimé un effet. Ils touchent normalement la bande et empruntent des trajectoires inattendues. Ainsi Juan Brown qui, venu pour visiter les ruines, resta vingt-cinq années sur place ; ou le docteur Else, que la distillation d'oranges conduisit à confondre sa fille avec un rat ; ou encore le chimiste Rivet, qui s'éteignit comme une lampe noyée d'alcool : et tant d'autres qui eurent un comportement des plus imprévus."

Note Latine : "Le général dans son labyrinthe" de Gabriel García Márquez

Titre original : El general en su laberinto

Traduction d'Annie Morvan

(Éditions Grasset & Fasquelle, 1990)

 

Publiée en 1989, ce roman du grand écrivain colombien est un hommage à un des plus grands héros des Guerres d'Indépendance : Bolivar, El Libertador. C'est un ouvrage d'une lecture ardue pour qui ne connaît pas grand chose sur cette période de l'Amérique Latine où, à l'aube du XIXe siècle, s'éveillent les consciences politiques héritées des Révolutions. Bolivar par son action politique est un des initiateurs majeurs des revendications anticoloniales face aux impérialismes. C'est ce que montre la biographie de Gilette Saurat, présidente de la Société Bolivarienne de France, intitulée Simon Bolivar le Libertador, parue la même année, chez le même éditeur. Cette biographie qui se lit comme un roman raconte minutieusement, pas à pas, la geste héroïque d'un personnage hors norme : Stratège cultivé et génial, soldat intrépide et endurant, visionnaire politique et idéaliste. On retrouve, dans le roman de García Márquez, tous ces éléments mais l'auteur choisit de dresser un portrait poignant du final de l'épopée, quand, Bolivar, le 8 mai 1830, laisse Bogota pour entreprendre son dernier voyage...

L'auteur dédie le livre à Álvaro Mutis qui lui en a donné l'idée et explique le long travail d'archiviste qu'il a découvert pour l'élaborer.

La lecture croisée des deux biographies toutes deux très documentées, l'une historique, l'autre fictive, permet de mieux comprendre le travail de l'écrivain qui en recréant les manières, les accents, l'énergie, le parcours d'un Simon Bolivar défait, affaibli, malade et fou nous ramène à l'humanité du mythe, lui donne chair et le met à notre portée.

Dans l'Incipit du roman, on trouve cette phrase : « Le général émergea de l'envoûtement et vit, dans la pénombre, les yeux bleus et diaphanes, la chevelure crépue couleur d'écureuil, la majesté impavide de son majordome de tous les jours qui tenait à la main la tasse d'infusion de coquelicots et de gomme arabique. ». Comment ne pas être tenté de voir García Márquez lui-même dans cette figure respectueuse qui veille et regarde son personnage ?

Note Latine : "L'atelier du temps" d'Álvaro Uribe

Titre original : El taller del tiempo

Traduit par Gabriel Iaculli

(Plon, 2005)

 

Né en 1953 à México, Álvaro Uribe est éditeur et écrivain. Il écrit des nouvelles, des romans et des essais. Dans ce roman, il expose les relations de rivalités entre trois générations d'hommes dans une famille patriarcale : le grand-père tout puissant, le père brisé et le petit-fils rebelle. Construit en sept chapitres qui sont autant de points de vue distincts, le récit relève tout à la fois de la peinture psychologique et sociale et de la nouvelle fantastique.

 

"J'ai grandi en cherchant des arguments pour me convaincre que mon père n'était pas un demi-dieu. Ma mère et mes deux sœurs cadettes l'adoraient sans réserve ; moi aussi je l'admirais exagérément, mais sa manière en partie moqueuse en partie dédaigneuse de répondre à cette admiration m'empêcha de m'y livrer entièrement.
À peine entré dans l'adolescence, j'osai mesurer mes forces aux siennes. Armé d'un amour naissant des belles-lettres qui me venait de ma mère, je commençais à cultiver mes talents oratoires innés ; lui, fort d'une éloquence prosaïque qui le rendait insensible aux subtilités de la haute rhétorique, me considérait comme un simple phraseur. Les rares soirées où il rentrait de son bureau pour dîner à la maison étaient pour moi presque un supplice. Je ne pouvais supporter de voir mon père se contenter de me regarder avec impatience pendant que je m'entretenais avec ma mère et épatais mes sœurs en recourant à un vocabulaire inusité pour quelqu'un de mon âge ; c'était encore pire quand, avec une moue d'exaspération, il m'interrompait au milieu d'une période."