Horaires

mardi - mercredi - vendredi - samedi

de 10h à 18h (en continu)

Le jeudi

  • de 14h à 18h du 1er octobre au 31 mars
  • de 14h à 20h du 1er avril au 30 septembre

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Espace América

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Un centre documentaire sur les Arts et les Cultures de l’Amérique Latine.

 

Littérature contemporaine (en espagnol et en français)

Films de fiction ou documentaires 

Musique 

Livres d’art contemporain (en espagnol)

Cartes, revues ...

 

Trois publications permettent de découvrir ce fonds exceptionnel :

 

Note Latine, publiée sur le site de la médiathèque propose des notes de lecture sur la littérature latino-américaine traduite en français (Cliquer ici pour les archives). 

 

Criminales, publiée sur le site de la médiathèque propose des notes de lecture sur la collection "crimen y literatura" du fonds América. (Cliquer ici pour les archives).

 

Chronique de l'Ame, bulletin documentaire trimestriel qui propose des parcours de découverte du fonds América, à consulter sur place et à emporter si on le souhaite. (Cliquer ici pour les archives).

 

Tout au long de l'année des animations, en entrée libre, sont organisées pour connaître la richesse culturelle de l'Amérique Latine : club de lectores, projections, cycle cinéma  Doc Latino en été, exposition, rencontres...

L'Espace América est à la disposition des enseignants pour toute activité pédagogique.

Emprunts avec la carte d’adhérent à la médiathèque. Prêt inter-bibliothèques.

 

Programme Animation Nov-Déc 2018

Club de lectores

Mardi 13 novembre 2018, 10h30, Espace América

Científicos literarios

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Un thème et la bibliographie qui l'accompagne sont à votre disposition à l'Espace América.

 

Cine du jeudi

Jeudi 15 novembre 2018, 15h30, Auditorium

Un passeport hongrois de Sandra Kogut (V.O.S.T., 60min.)

La cinéaste brésilienne Sandra Kogut rend compte de ses démarches pour récupérer la nationalité hongroise dont ses grands-parents ont été déchus en 1937, lors de la montée du Nazisme. Une démarche qui interroge les notions de frontière, d'identité culturelle et de mémoire historique.

 

Parcours documentaire

De décembre 2018 à février 2019, Espace América

Artisanat d'Amérique Latine

L'Espace América publie un bulletin documentaire trimestriel qui invite à une exploration thématique des collections : Chronique de l'AME. Le bulletin se décline en cinq numéros à chaque publication. Cette invitation à découvrir la richesse de l'artisanat latino-américain sera illustrée par une exposition d'objets prêtés par la boutique associative Artisans du Monde de Biarritz.

 

Club de lectores

Mardi 11 décembre 2018, 10h30, Espace América

Antonio Skármeta

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Un thème et la bibliographie qui l'accompagne sont à votre disposition à l'Espace América.

 

Cine du Jeudi

Jeudi 20 décembre 2018, 15h30, Auditorium

Loin de Veracruz de Vincent Martorana (V.O.S.T., 54 min.)

Tous les ans, en décembre, 1 million de pèlerins convergent vers le sanctuaire de la Vierge de Guadalupe à Mexico. Tous les ans, depuis la fin des années 1990, 1,5 million de Mexicains tentent de franchir illégalement la frontière qui les sépare des USA. Ces deux migrations puisent aux mêmes sources : la nécessité et l’espoir.

Le film sera précédé d'un court-métrage documentaire sur une autre pratique rituelle, celle des tambours de la "santería" cubaine : Tambours sacrés de Lionel Brouet et Xavier Cantal.

 

Criminales : "La transparencia del tiempo" de Leonardo Padura

(Tusquets Editores, 2017)

Leonardo Padura es un escritor cubano, nacido en 1955, famoso por sus novelas policiacas protagonizadas por el detective Mario Conde. La primera novela de la serie se publica en 1991 y se titula Pasado perfecto.

Con ese personaje de detective melancólico y desilusionado, cada policiacade Leonardo Padura nos invita a un recorrido por la historia contemporánea de su país.

Otra vertiente de la producción literaria del autor cubano es la novela histórica de las cuales destaca El hombre que amaba a los perros, publicada en 2009, un amplio fresco histórico centrado en el asesinato de Trotsky.

La transparencia del tiempo es una novela que reune las dos vertientes de la narrativa de Leonardo Padura, la policiaca y la histórica. Seguimos otra vez los pasos de un Mario Conde desengañado por la Cuba de hoy marcada por los cambios políticos y económicos recientes y donde surgen de nuevo profundas desigualdades. De los barrios habaneros de una espantosa probreza a los lugares de moda donde el que tiene dinero puede encontrar de todo, pasando por casas privadas de un lujo insolente, Mario Conde trata de resolver el caso del robo de una estatua de una virgen negra, una pieza excepcional cuyo misterio remonta al Medioevo hispánico.

Las estatuas de vírgenes negras son una curiosidad del arte sacro cristiano. Una de las más famosas es la Morenita, patrona de Cataluña, fechada del siglo XII.

Presentes en la tradición iconográfica cristiana desde la alta Edad Media, esas representaciones vienen acompañadas de numerosas leyendas y han nutrido todo un imaginario esotérico que Leonardo Padura recupera en su novela. Es así como el propio detective Mario Conde, que manifiesta desde hace mucho su deseo de ser escritor, inventa, a partir de esa investigación para recuperar la virgen robada, la historia de esa estatua , del momento en que fue llevada por un soldado templario cuando la caída de San Juan de Acre y la pérdida del reino cristiano en Tierra Santa hasta su llegada a Cuba. Una fabulación que prolonga una tradición nacida con las cruzadas medievales pero que permite a Leonardo Padura introducir los temas ejes de esa novela que son el viaje, el tiempo y la permanencia.

Es así como esa negra estatua medieval al llegar a Cuba va ser asociada a una figura mayor de la religiosidad de la Isla : Yemaya, diosa de las aguas de la religión africana yoruba cuya identidad se confunde con la Virgen de Regla, patrona del puerto de La Habana. Yemaya es una diosa negra. Ese fenómeno sincrético entre dos tradiciones religiosas es un elemento fundamental del proceso cultural que se dió por toda América durante el periodo colonial. La patrona de Brasil es así una virgen negra nombrada la Aparecida. La patrona de México, la Virgen de Guadalupe, es una virgen mestiza.

Según Sophie Cassagnes-Brouquet a quién se debe un estudio titulado Vierges noires (Editions du Rouergue, 2000), él mayor número de las más antiguas vírgenes negras se encuentra en Francia, sobre todo en la zona de Auvernia donde estan ligadas con la aparición de estatuas de bulto redondo denomidadas de tipo Virgen-trono, es decir sentadas en un trono y presentando el niño Jesus al creyente. De un tamaño pequeño, las más altas no pasan de 80 y algo centímetros, se usaban para las procesiones y servían a menudo de relicarios. Esas representaciones parecen haberse ennegrecido con el tiempo y, como su fama de milagrosas era grande, otras vírgenes fueron pintadas de color oscuro para copiarlas. Las vírgenes primitivas de Auvernia son todas de un marcado hieratismo muy lejano de la imagen de la virgen tierna, maternal, humana a la cual estamos acostumbrados. Vienen acompañadas de numerosas leyendas que las relacionan con creyencias muy antiguas, hasta prerromanas. Creyencias rurales ligadas al agua, a la tierra, al ciclo agrícolo o al ganado. De hecho, muchas están ubicadas en capillas aísladas o en zona rurales pocas habitadas lo cual, las salvó de la destrucciones que marcaron las guerras de religiones  o la Revolución francesa pero que obviamente facilitó el robo de numerosa piezas para colecciones privadas esas últimas décadas.

PARA SABER MÁS SOBRE LAS VÍRGENES NEGRAS

Programme Animation América Sept-Oct 2018

Parcours documentaire

De septembre à novembre 2018, Espace América

Formes narratives brèves de la littérature d'Amérique Latine

L'Espace América publie un bulletin documentaire trimestriel qui invite à une exploration thématique des collections : Chronique de l'AME. Le bulletin se décline en cinq numéros à chaque publication. Pour cette série, nous nous arrêterons sur trois genres du récit bref : la nouvelle, la chronique et le micro-récit.



Club de lectores

Mardi 18 septembre 2018, 10h30, Espace América

Relatos cortos

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Un thème et la bibliographie qui l'accompagne sont à votre disposition à l'Espace América.

 

Cine du Jeudi

Jeudi 27 septembre, 15h30, Auditorium

Los Herederos - Les Enfants héritiers de Eugenio Polgovsky(V.O.S.T., 1h30)

Sans commentaire, lyrique et beau, ce film, tourné dans différentes régions du Mexique, montre le travail des enfants aujourd'hui dans le monde rural. Un film primé dans plus de vingt festivals qui confirma la talent et l'engagement de ce cinéaste trop tôt disparu.

 

Festival Belles Latinas : Rencontre avec Andrés Neuman

Vendredi 12 octobre 2018, 16h, Auditorium

Dans le cadre de la 17e édition du Festival des Belles Latinas, festival de la diversité des littératures d'Amérique latine et des Caraïbes, nous recevrons l'Argentin Andrés Neuman. Cet écrivain virtuose compte parmi les meilleurs représentants de la littérature latino-américaine d'aujourd'hui et son premier livre, Bariloche, vient d'être enfin traduit en français chez Buchet-Chastel.

 

Club de lectores

Mardi 16 octobre 2018, 10h30, Espace América

América Latina, destino de migraciones

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Un thème et la bibliographie qui l'accompagne sont à votre disposition à l'Espace América.

 

Cine du jeudi

Jeudi 18 octobre 2018, 15h30, Auditorium

Le voyage des derniers descendants de Daguerre de José Maria Tapias-Ospina (V.O.S.T., 53 min.)

En Colombie, au début de ce siècle, ils n'étaient plus qu’une poignée à perpétuer la tradition des portraitistes itinérants, transportant de villes en villages la "boîte à photographie". José Maria Tapias-Ospina suit la tournée de deux d'entre eux, père et fils, photographes passionnés, convaincants et candides.

 

Rencontre avec Gaby Etchebarne

Samedi 27 octobre 2018, 16h, Auditorium

On doit à Gaby Etchebarne, engagée pour les Droits de l'Homme dans la vie et dans ses livres, des titres comme D'ici et d'ailleurs, paroles d'immigrés au Pays Basque ouSur les pas des disparus d'Argentine. Pour cette rencontre, Gaby Etchebarne nous parlera de son dernier livre Les Latinos sont là ! Parole d'artistes de cirque, paru chez Karthala. Un recueil d'entretiens avec des Latino-américains, vivant pour la plupart à Toulouse, qui racontent leur pays, ses richesses et ses souffrances, l'exil et leur parcours d'artistes parfois très ardu.

Alumine Guerrero, d’origine mapuche, qui apparaît dans le livre, accompagnera de chants cette présentation.

 

Note Latine : "Abel le magicien" de Carlos Victoria

Titre original : La ruta del mago

Traduit par Liliane Hasson

(Actes Sud, 1999)

 

L'écrivain et journaliste Carlos Victoria, né à Camaguey en 1950 et décédé à Miami en 2007, s'exila de Cuba lors de la vague d'immigration de 1980 surnommée celle des "marielitos" parce que ceux qui partirent s'embarquèrent au port de Mariel. Deux autres écrivains de la même génération faisaient partie des "marielitos" : Reinaldo Arenas et Guillermo Rosales. D'ailleurs, dans une de ses nouvelles, La estrella fugaz, Carlos Victoria met en scène trois amis écrivains pauvres, furieux et exilés qui rappellent leurs trois figures.

L’œuvre de Carlos Victoria compte des recueil de nouvelles comme Las sombras en la playa et El resbaloso y otros cuentos et des romans qui ont été traduits en français : Puente en la oscuridad (Un pont dans la nuit), La travesía secreta (La traversée secrète) et, publié en 1997, La ruta del mago.

Le personnage central de ce dernier roman est un garçon âgé de treize ans, Abel, qui vit, depuis que sa mère est morte, avec sa cousine Alice. La révolution vient juste d'avoir eu lieu. Alice a peur de se voir confisquer sa boutique et, comme elle ne veut pas tout perdre, elle charge Abel de faire payer leurs dettes à tous les clients. En suivant le parcours d'Abel dans la ville, le paysage social et politique de l'époque se dessine : Sofia, la mulâtresse qui s'est marié avec un blanc bravant le désaccord de leur respective famille, l'administrateur qu'envoie le gouvernement pour gérer la boutique dont Alice tombe amoureuse, Leonor qui travaillait comme bonne dans une maison bourgeoise dont les propriétaires ont fui la révolution, Arturo, l'homosexuel qui s'exile aux États-Unis...Abel qui découvre l'intimité, les conflits et les frustrations des familles découvre la vie et va devoir trouver son chemin.

 

"Mais toi, tu vas lui parler fermement, tu vas lui dire qu'elle doit me payer. Que si elle manque d'argent elle n'a qu'à vendre n'importe quoi, ces gens lui ont tout laissé, ou plutôt elle a tout pris, oui, pris, parce que c'est une voleuse. Parfaitement, une voleuse ! Mais moi, elle va pas me voler, non mais des fois!Alicia en était défigurée ; une veine gonflée battait sous la peau fragile de sa tempe.  Pourtant, en suivant de près ces effluves intenses dans la pénombre des chambres, Abel ne concevait pas que cette femme, dont les fesses et le dos se dessinaient sous l'étoffe claire, ait pu voler quiconque. Du reste, quelle importance ! Il avançait l'esprit embrumé par le parfum et par la cadence langoureuse du corps qui le précédait, en soulevant des tentures."

 

Note Latine : "Neuf nuits" de Bernardo Carvalho

Titre original : Nove noites

Traduction de Geneviève Leibrich

(Éditions Métailié, 2005)

 

Bernardo Carvalho est un journaliste et écrivain brésilien né en 1960. Dans ce livre où se mêlent la fiction, l'enquête et les souvenirs, il tente de comprendre ce qui amena l'anthropologue nord-américain Buell Quain, en 1939, alors qu'il était seulement âgé de 27 ans, à se suicider. Cette mort tragique survient alors que Buell Quain mène une enquête de terrain auprès des Indiens Kraho de l'Amazonie brésilienne. Le livre propose une interrogation sur les motivations de l'anthropologie, sur l'expérience de l'altérité et sur l'impossibilité d'avoir une interprétation univoque de la réalité. 

 

"Une des fois où il m'a parlé de ses voyages dans le monde, je lui ai demandé où il voulait en venir et il m'a dit qu'il était à la recherche d'un point de vue. Je lui ai demandé : " Pour regarder quoi ? " Il a répondu : " Un point de vue où je ne serais plus dans le champ visuel. " J'aurais pu lui dire, mais je n'en ai pas eu le courage, qu'il n'avait pas besoin d'aller si loin. Car il ne serait jamais dans son propre champ visuel, où qu'il se trouve, personne n'est jamais dans son propre champ visuel, à condition d'éviter les miroirs. J'avais parfois l'impression que, bien qu'il ait vu beaucoup de choses, il ne voyait pas ce qui était évident, et pour cette raison il pensait que les autres ne le voyaient pas lui non plus et qu'il pouvait se cacher. Je n'ai jamais parlé de ce que j'ai vu. Je vous ai attendu. Ce que j'ai entendu dire, je ne sais plus si ce sont des faits réels ou le fruit d'imaginations conjuguées, la mienne et la sienne, à commencer par les visions dont il me parlait."

Note Latine : "Réservé aux fumeurs" de Julio Ramón Ribeyro

Recueil de nouvelles issues de La palabra del mudo, cuentos 1952-1972 et Cuentos 1952-1992.

Traduction de Gabriel Iaculli

(Éditions Gallimard, 1995)

 

Absurdité des guerres fratricides, situations qui mettent en scène le cynisme ou l'ostentation ridicule, exploration des codes de la virilité, dénonciation de la hiérarchie sociale ou raciale...puisée dans le souvenir ou l'observation, toute une gamme de textes qui parfois répondent aux règles classiques du genre et d'autre fois s'apparentent à des écrits intimes, des exercices de style ou des essais.

Un recueil pour découvrir l'un des écrivains incontournables de la littérature péruvienne : Julio Ramón Ribeyro (1929-1994).

 

"À quarante ans, Arístides pouvait se considérer à juste titre comme un homme « exclu du festin de la vie ». Il n'avait ni femme ni maîtresse, travaillait dans les sous-sols de la mairie où il tenait à jour le registre d'état civil et vivait avenue Larco dans un appartement minuscule encombré de vêtements sales, de meubles abîmés et de photos d'artistes épinglées aux murs. Ses anciens amis, mariés et prospères, l'ignoraient quand, de leur voiture, ils le voyaient faire la queue à l'arrêt d'autobus et, s'ils le croisaient par hasard dans un endroit public, se contentaient de lui serrer rapidement la main avec une certaine répugnance. Car Arístides n'était pas seulement l'image morale de l'échec, mais le symbole physique de l'abandon : mal habillé, mal rasé, il sentait la basse cuisine, la pension malfamée." 

Note Latine : "Don Segundo Sombra" de Ricardo Güiraldès

Traduction de Marcelle Auclair

(Phébus, 1994)

 

Composé en 1926, le roman Don Segundo Sombra est un classique de la littérature argentine et, plus précisément, de la littérature gauchesque, un genre apparu au XIXe siècle qui évoque la vie rurale et met en scène une de ses figures emblématiques : le gaucho.

Ce gardien de troupeau est l'équivalent, dans la Pampa, du cow-boys. Nomades à la vie précaire, les gauchos sont exploités par les propriétaires terriens, utilisés par le gouvernement dans les guerres intestines qui suivent l'indépendance et pour poursuivre la conquête du territoire du peuple mapuche qui résiste encore à la fin du XIXe siècle. Le gaucho est une figure ambivalente : rebelle, violent mais brave, pauvre mais fleuron de la nation, il devient dans l'imaginaire collectif une des figures emblématiques de l'identité nationale.

La littérature gauchesque contribue à cette construction mythique. D'abord avec un des livres fondateurs de la littérature argentine, Facundo, écrit en 1845 par Domingo Faustino Sarmiento. Un livre qui décrit la vie de Juan Facundo Quiroga, chef militaire et politique gaucho appartenant au Parti Fédéraliste des guerres civiles argentines qui minent le pays dans les décennies 1820 et 1830. Ce livre, véritable pamphlet contre le dictateur Rosas, dépeint le type du caudillo et développe une théorie sur la culture latino-américaine qui fera florès : l’opposition entre civilisation et barbarie est le conflit central de cette culture. Le gaucho est le type même du barbare.

A la fin du XIXe siècle, deux textes vont marquer la construction mythique de la figure du gaucho : Martín Fierro, long poème épique composé en 1872 par José Hernandez où le gaucho Martín Fierro raconte son histoire et les injustices dont il a été victime ; Juan Moreira d’Eduardo Gutierrez, œuvre devenue très populaire qui fut publiée en 1880 sous forme de feuilleton dans un journal et qui s'inspire d'un personnage réel.

Quand Ricardo Güiraldès publie Don Segundo Sombra, le gaucho et son mode de vie sont en train de disparaître et le personnage devient un emblème identitaire. Le gaucho de ce roman est un homme courageux et vertueux dont la description est prétexte à chanter la liberté, la grandeur de la nature et de l'homme. Un roman d'initiation envoûtant qui conquit le grand Borges.

 

"Je m'assis avec le dresseur, sous l'auvent. Cette journée semblait prédestinée aux conseils, car mon compagnon, après avoir, un temps, frappé pensivement le sol de sa cravache, me dit:

-Voyez, mon garçon. Ce n'est pas que je veuille me mêler de vos affaires, mais ne refusez pas l'offre avant d'y avoir réfléchi. Le patron, quoiqu'il soit assez autoritaire pour le travail, est serviable quand il le veut. Plus d'un homme est sorti d'ici avec sa troupe de chevaux ou son troupeau...moi-même, en travaillant fort, il est vrai, j'ai réussi à m'assurer la tranquillité pour ma vieillesse et mes petits. Don Juan est généreux, à l'occasion. Il sait ouvrir la
main toute grande et il en laisse facilement glisser de grosses pièces d'argent.

-Voyez, Don, répondis-je immédiatement, ce n'est pas que je veuille diminuer qui que ce soit, ni que j'ignore ce que vaut une bonne volonté, mais vous voyez cet homme ? Dis-je en montrant don Segundo qui revenait du parc, s'amenant doucement dans son chiripá qui m'était familier, avec son chapeau petiot et des lanières enroulées. Bon, cet homme aussi a la main longue...et, Dieu me pardonne, plus longue encore quand il a tiré le couteau...Mais comme votre patron, il sait l'ouvrir très grande et ce qu'on peut trouver dedans ce n'est pas des pièces d'argent, señor, mais des choses de la vie."

Note Latine : "Le baiser de la femme-araignée" de Manuel Puig

Titre original : El beso de la mujer arana

Traduction d'Albert Bensoussan

(Editions du Seuil, 1979)

 

Écrivain, l'Argentin Manuel Puig (1932-1990) entretient avec le cinéma une relation forte qui nourrit toute son œuvre, il avait notamment bénéficié d'une bourse pour étudier le cinéma à Rome avant de choisir la littérature comme mode d'expression.

Trois de ses romans ont été adaptés au cinéma : Boquitas pintadas (Le plus beau tango du monde) par Leopoldo Torre Nilsson, Pubis angelical par Raúl de la Torre et Le baiser de la femme araignée par Héctor Babenco. C'est cette dernière adaptation filmique qui, en 1984, a donné à l'auteur une renommée internationale.

Installé au Mexique dans les années 1970 pour ne pas subir les pressions de la censure, c'est là-bas, en 1976, qu'il écrit ce roman qui met en scène deux personnages enfermés dans la même cellule : Valentin, prisonnier politique et Molina, un homosexuel. Un texte critique de María Lourdes Cortes, Amor y traición : cine y literatura en America Latina, montre comment ces personnages très stéréotypés, le guérillero et l'homosexuel efféminé, au fil de l'histoire, et surtout dans le roman où le discours intérieur des personnages apparaît, deviennent plus complexes et plus mêlés.

Par ailleurs, dans le roman, le thème de l'homosexualité est traité de manière plus détaillé puisque de nombreuses notes de bas de page permettent d'exposer différentes théories sur le sujet : celles de Freud, de Marcuse, de Mircea Eliade...

 

"-Je peux t'interrompre, Molina ?

-Oui, mais j'ai presque fini, pour cette nuit je veux dire.

-Une seule question, qui m'intrigue un peu.

-Quoi ?

-Tu ne vas pas te fâcher ?

-Ça dépend.

-C'est intéressant à savoir. Et après, toi, si tu veux, tu m'en demandes autant.

-Vas-y.

-Avec qui tu t'identifies ? Avec Irena ou la femme architecte ?

-Avec Irena. Qu'est-ce-que tu crois ? C'est la vedette : non mais, quelle cruche ! Moi : toujours avec l'héroïne.

-Continue.

-Et toi, Valentin, avec qui ? Tu es coincé, parce que le gars te semble un con.

-Tu vas rire. Avec le psychanalyste. Mais ne te moque pas, j'ai respecté sans commentaire ton choix. Continue.

-Ensuite on en discute, si tu veux, ou demain.

-Oui, mais continue encore un peu.

-Un tout petit peu, pas plus : j'aime te reprendre la friandise au meilleur moment, comme ça le film te plaît davantage. C'est ce qu'il faut faire avec le public, sinon il n'est pas content. A la radio, avant, ils faisaient toujours ça. Maintenant, ce sont les feuilletons de la télé.

-Vas-y.

-Bon. On en était au moment où la petite ne sait plus s'il faut courir ou pas, et voilà qu'on n'entend presque plus les pas, le bruit des talons de l'autre je veux dire, parce que ce sont des pas différents, presque imperceptibles, quelque chose comme des pas de chat, ou pire. Elle se retourne et ne voit plus la femme : comment a-t-elle pu disparaître d'un coup ? Mais elle croit voir une autre ombre, qui glisse et disparaît aussitôt. Et ce que l'on entend maintenant, c'est un bruit de foulées dans les taillis du parc, des foulées d'animal, qui se rapprochent.

-Et alors ?

-On continue demain. Tchao. Fais de beaux rêves ;

-Tu me le payeras.

-A demain."