Horaires

mardi - mercredi - vendredi - samedi

de 10h à 18h (en continu)

Le jeudi

  • de 14h à 18h du 1er octobre au 31 mars
  • de 14h à 20h du 1er avril au 30 septembre

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Espace América

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Un centre documentaire sur les Arts et les Cultures de l’Amérique Latine.

 

Littérature contemporaine (en espagnol et en français)

Films de fiction ou documentaires 

Musique 

Livres d’art contemporain (en espagnol)

Cartes, revues ...

 

Trois publications permettent de découvrir ce fonds exceptionnel :

 

Note Latine, publiée sur le site de la médiathèque propose des notes de lecture sur la littérature latino-américaine traduite en français (Cliquer ici pour les archives). 

 

Criminales, publiée sur le site de la médiathèque propose des notes de lecture sur la collection "crimen y literatura" du fonds América. (Cliquer ici pour les archives).

 

Chronique de l'Ame, bulletin documentaire trimestriel qui propose des parcours de découverte du fonds América, à consulter sur place et à emporter si on le souhaite. (Cliquer ici pour les archives).

 

Tout au long de l'année des animations, en entrée libre, sont organisées pour connaître la richesse culturelle de l'Amérique Latine : club de lectores, projections, cycle cinéma  Doc Latino en été, exposition, rencontres...

L'Espace América est à la disposition des enseignants pour toute activité pédagogique.

Emprunts avec la carte d’adhérent à la médiathèque. Prêt inter-bibliothèques.

 

Programme des Animations América de Juin 2018

Parcours documentaire

De juin à août 2018, Espace América

La musique dans la littérature latino-américaine

L'Espace América publie un bulletin documentaire trimestriel qui invite à une exploration thématique des collections : Chronique de l'AME. Pour cette nouvelle série, nous nous intéresserons à la présence de la culture musicale dans la littérature latino-américaine.

 

Doc Latino

Jeudi 7 juin 2018, 15h30, Auditorium de la médiathèque

Saudade, du fado au semba de Jean François Bizot et Rémy Kolpa Kopoul (V.F., 26 min.) / Carnaval à La Havane de Claude Santiago (V.F., 26 min.)

Deux courts métrages documentaires pour aborder deux univers musicaux. Le premier nous emmène à la recherche de l'héritage de la musique portugaise. Le second, nous plonge dans l'énergie et l'émotion du carnaval de La Havane au rythme des « comparsas », l'équivalent cubain des écoles de samba brésilienne.

 

Concert

Samedi 9 juin 2018, 16h, Auditorium de la médiathèque

Musique du Pantanal par Simeao Britto Da Silva

Situé au sud de la forêt amazonienne, le Pantanal est la plus grande zone marécageuse de la planète, un immense paysage ouvert et illuminé de soleil. Le guitariste brésilien Simeao Britto Da Silva nous emmène à la découverte du patrimoine musical de cette région.

 

Club de lectores

Mardi 12 juin 2018, 10h30, Espace América

Lecture libre

Une fois par mois, un club de lecture en espagnol pour découvrir la littérature latino-américaine. Pour le dernier club avant les vacances estivales, le thème est libre. Reprise du club en septembre !

 

Doc Latino

Jeudi 14 juin 2018, 15h30, Auditorium de la médiathèque

Les troubadours de la Révolution mexicaine de Yves Billon et Henri Lecomte (V.F., 52 min.)

Le Mexique est un conservatoire vivant de musiques, de chansons et de danses, échos sensibles de sa longue et tumultueuse histoire. A partir du XVème siècle, les espagnols ont apporté leurs instruments qui s'adaptant au génie propre du peuple mexicain, ont donné naissance à toute une gamme d'instruments à cordes et à une musique d'une extrême richesse qui éclate littéralement avec le formidable élan de la révolution de 1910. A travers tout le pays, musiciens et chanteurs créent alors des centaines d'hymnes, « romances » ou « corridos », à la gloire d'Emiliano Zapata, de Pancho Villa et de leurs soldats.

 

Doc Latino

Jeudi 21 juin 2018, 15h30, Auditorium de la médiathèque

Saudade do futuro de Marie-Clémence et César Paes (V.O. Sous-titré en français, 1h30min.)

Des hauteurs vertigineuses des gratte-ciels en construction aux profondeurs du métro, de manifestation politique en bal populaire, qu'ils soient journaliste, maire ou chauffeur de taxi, les migrants du Nordeste du Brésil nous parlent de "leur" São Paulo. Ils sont venus dans le sud du pays pour fuir la sécheresse ou chercher fortune ou tout simplement travailler parce que "le sud merveilleux" concentre la plus grande activité économique et industrielle du Brésil. S'accompagnant à la guitare ou au tambourin, les "repentistas" nordestins, véritables chroniqueurs du quotidien, improvisent des rimes et des vers chantés.

 

Doc Latino

Jeudi 28 juin 2018, 15h30, Auditorium de la médiathèque

Original funk, le son de La Nouvelle-Orléans de Matthias Sanderson

(V.F., 52min.)

Berceau du blues, du jazz, du rythm'n blues, du rock, du funk, la Nouvelle-Orléans a mélangé les apports français, espagnols, amérindiens, africains, caraïbes, sud-américains, déposés par l'histoire sur les côtes du golfe du Mexique. Truffé d'archives précieuses et vibrant des rythmes du carnaval, le film revient à la source de toute la musique populaire américaine.

 

Note Latine : "La guerre au roi "d'Abel Posse

Titre original : Daimón 

Traduit par Sylvie Bérigaud

(Editions Williams/Alta, 1981)

Abel Posse est un des grands noms actuels de la littérature argentine. En 1978, il publie Daimón, traduit en français sous le titre La guerrre au roi. Daimón est le premier volet d'une trilogie consacrée à la découverte de l'Amérique qui comprend Los perros del paraíso (Les Chiens du paradis - Belfond, 1986) et El largo atardecer del caminante (Cabeza de vaca le conquistador aux pieds nus - Actes Sud, 2008).

On retrouve dans La guerre au roi le même procédé que dans Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez : concentrer dans un récit toute l'histoire de l'Amérique latine. Ici, c'est l'histoire du conquistador Lope de Aguirre qui sert le projet. Mais Abel Posse choisit d'explorer le personnage dans sa dimension d'archétype de l'indépendance américaine et construit un récit comme un palimpseste dans une chronologie historique brouillée : Aguirre et ceux qu'il a côtoyé traversent l'histoire de l'Amérique Latine de la Conquête aux dictatures contemporaines. Ainsi le personnage du Noir Niceforo, souffre-douleur de Lope de Aguirre durant la Conquête se voit refuser, à cause de sa couleur, une place de gendarme quand advient la république libérale mise en place après l'Indépendance. Tandis que le bourreau Carrion deviendra colonel...Abel Posse propose une lecture criminelle - et démoniaque puisque le titre espagnol du roman est Daimón- de l'émergence historique de l'Amérique. 

Basée sur la confrontation originelle de ce que fut la conquête, son récit du continent se fait l'écho de deux imaginaires (celui des conquistadors, celui des peuples conquis) et entre de plein pied dans la dimension mythologique de l'Histoire. Chaque chapitre est introduit par un arcane qui annonce le destin : le jugement, le diable, l'Impératrice...Tout au long du roman, on rencontre les superstitions et les croyances qui accompagnèrent cette fusion des cultures : les Amazones, El Dorado ou le chamanisme...et il est intéressant de noter que le roman commence par l'exposition d'une « mesnie » infernale, une troupe de morts menés par un roi qui sème la terreur représentée ici par Lope de Aguirre mort et sa troupe composée des gens qu'il assassinat. L'univers fantastique qui se déploie dans le roman fait de l'Amérique un espace intermédiaire entre l'histoire et la mythologie. Personnages réels et personnages littéraires se mêlent, les animaux commentent ce qu'il advient, le récit se fait délire...

 

Le romancier joue de deux acceptions de la notion de démon : celle, devenue classique, d'un être démoniaque, celle, antique, du démon entendu comme un intermédiaire entre l'humain et la divin. La destinée de Lope de Aguirre est tragique, infernale mais inspirée. Mais le Lope de Aguirre d'Abel Posse fait aussi écho à Faust lié par un pacte au diable et plus encore à Don Juan qui refuse de se repentir et continue de défier Dieu : "l'homme n'est que sa révolte" peut-on lire dans le roman. 

 

Note Latine : "L'histoire d'Horacio" de Tomás González

Titre original : La Historia de Horacio

Traduit par Delphine Valentin

(Carnets Nord, 2012)

Tomás González est un auteur colombien, né à Medellin en 1950 qui a vécu longtemps aux États-Unis. Son premier roman Primero estaba el mar, publié en 1983, a été traduit en français sous le titre Au commencement était la mer (Carnets Nord, 2010). L'histoire d'Horacio est son troisième roman.

Le récit peut sembler anecdotique : l'existence ordinaire d'Horacio qui adore les antiquités, sa femme, ses vaches, sa Volksvagen...un homme qui aime la vie et meurt indigné de mourir. Mais la citation qui introduit le récit incite à chercher une clef de lecture plus complexe : « Le temps signifie uniquement que les étapes du devenir peuvent se déployer en lui selon un ordre précis. En habitant entièrement chaque instant, on transforme ces étapes du devenir en voyage jusqu'au ciel. » La citation est tirée du Yi King. Appelé aussi Le Livre des Transformations, cet ouvrage est un des piliers de la philosophie chinoise, une philosophie qui, contrairement à la philosophie occidentale centrée sur les choses dans leur essence, s'intéresse aux mouvements des choses dans leur transformation.

Or ce qui frappe dans le roman c'est le matérialisme qui régit l'existence d'Horacio. Par exemple l'attachement qu'il a pour ses antiquités l'amène à refuser de les vendre même quand il a un besoin pressant d'argent, il emprunte donc à ses frères tout au long de sa vie. Il n'est pas anodin de noter que le récit se déroule d'ailleurs dans les années 1960, juste quand émerge la société de consommation. L'autre aspect saillant du personnage est son inconséquence. Ainsi, il meurt après de multiples arrêts cardiaques sans jamais arrêter de fumer.

Le roman apparaît ainsi comme un démenti ironique du principe initial de la citation. Ici, nulle gradation. L'existence d'Horacio frappe par son aspect répétitif : sa femme, les vaches, les antiquités, ses frères sont autant de motifs qui reviennent au fil du temps, sans grande variation, donnant la sensation d'être dans un univers sans horizon, presque aussi artificiel que celui d'une série télévisée. Ici, nul devenir transcendantal mais un destin limité par la subjectivité immédiate et répétitive du protagoniste.

Note Latine : "La fête de l'ours" de Jordi Soler

Titre original : La fiesta del oso

Traduction de Jean-Marie Saint-Lu

(Belfond, 2011)

Jordi Soler est né en 1963, au Mexique, dans une communauté d'exilés catalans fondée par son grand-père à la fin de la guerre civile espagnole. La mémoire de ce conflit hante l'auteur et il a consacré une trilogie romanesque à cet héritage : Les Exilés de la mémoire (Belfond, 2007) qui s'attache au destin de son grand-père Arcadi, contraint d'abandonner son pays menacé par les franquistes ; La Dernière Heure du dernier jour (Belfond, 2008) qui revient encore sur la figure de ce grand-père mais, cette fois, vieilli, dans sa plantation de café, au milieu de la jungle mexicaine ; et, ce roman-ci, La fête de l'ours, un beau roman qui mêle mythologie pyrénéenne et histoire tragique de la Guerre d'Espagne.

Le narrateur de ce roman enquête sur le destin d'un grand-oncle disparu en 1939, quand la Catalogne tombe et que les républicains tentent de gagner la France. Cette enquête l'amène à rencontrer des personnages qui apparaissent, ici, comme des personnages de conte. Et c'est cet aspect merveilleux qui retient l'attention. Un de ces personnages est un chevrier, un géant assimilé à la figure sauvage et mythique de l'ours.

La figure de l'ours apparaît, dans la mythologie universelle, liée aux thèmes de la fécondité et de la sauvagerie. C'est surtout le second qui

est exploré dans le récit. Mais le roman évoque une des fêtes traditionnelles des Pyrénées : La fête de l'Ours à Prats-de-Mollo, une fête du renouveau printanier et de la fécondité. Le mythe de l'ours est ambivalent : bénéfique et maléfique.

 

Dans l'aire culturelle pyrénéenne, la figure de l'ours s'est vu traditionnellement associée à d'autres figures mythologiques : celle du géant ou celle de l'homme sauvage. Cette dernière figure, celle de l'homme sauvage, touche aux questionnements sur le territoire et sur la frontière comme l'indique un article d'un blog intitulé Les hommes sauvages dans les Pyrénées: légendes et faits divers :« Il apparaît ainsi que, dès le Moyen-âge, l'homme sauvage est un être qui brouille les frontières et les limites: à la fois humain et inhumain, naturel et surnaturel, inférieur et supérieur à l'homme civilisé ».

 

Il est intéressant de voir que Jordi Soler récupère la figure de l'homme sauvage pour un récit qui met en scène la frontière : celle entre l'Espagne et la France, celle entre le bien et le mal. La guerre et l'exil sont pour beaucoup dans la métamorphose du grand-oncle.

 

Mais la figure de l'animalité apparaît, comme dans la mythologie, ambivalente : salvatrice (le chevrier) et maléfique (le grand-oncle résumé à sa sauvagerie). Le géant fécondateur et bénéfique finira vengé quand se dénouera l'enquête.

 

Note Latine : "Les Travaux du Royaume" de Yuri Herrera

 

Titre original : Trabajos del reino

Traduction de Laura Alcoba

(Gallimard, 2012)

Les Travaux du Royaume est le premier roman de cet écrivain mexicain né en 1970 à Actopan. Un livre qui peut être inclus dans le groupe des textes désigné par le terme de "narcoliteratura", littérature du narcotrafic : une littérature qui émerge au début de ce siècle et qui traite des phénomènes liés au trafic de drogue en Amérique Latine et aux États-Unis. En effet, le héros du récit est un chanteur de corrido, balade traditionnelle mexicaine, qui compose pour un chef mafieux des chants qui célèbrent les exploits et les grands événements de son gang. Cette troupe délictueuse est présenté dans le roman comme une véritable cour et le chanteur comme un aède.

Les personnages du roman ne sont pas nommés, ils sont présentés comme des archétypes de conte - le roi, la fillette, le traître, le docteur, l'artiste – dans un texte agencé par les règles du seul art poétique, comme on chantait autrefois les hauts faits des héros. Ce jeu littéraire donne à ce roman une saveur d'intemporalité et propose le miroir déformant du mythe pour une histoire de violence et de tragédie bien d'aujourd'hui. Ce n'est qu'à la fin du roman que l'aède chantera de sa propre voix, pourra reprendre sa place d'Homme et retrouvera pleinement son nom.

Criminales: "Trabajos del reino" de Yuri Herrera

(Caceres : Periférica, 2008)

 

Trabajos de reino es la primera novela de ese escritor mexicano nacido en Actopan, en 1970. Un libro que puede incluírse dentro del grupo de textos designado por el término de “narcoliteratura”, una literatura que emerge al principio de nuestro siglo y que trata de los fenómenos ligados al tráfico de droga en América Latina y en Estados Unidos. De hecho, el héroe de este relato es un cantor de corrido, género musical tradicional mexicano, quién improvisa para un capo cantos que celebran sus hazañas y los grandes eventos de su pandilla. Ese grupo delictivo esta presentado en la novela como una verdadera corte y el cantor aparece como un aedo.

Los personajes de la novela no tienen nombres, están presentados como arquetipos de cuentos – el rey, el traidor, el doctor, el artista- en un texto organizado por las solas reglas del arte poético como se cantaba antaño las hazañas de los héroes. Ese juego literario le da a la novela un sabor de atemporalidad y propone el espejo torcido del mito para una historia de violencia y de tragedia muy actual. Sólo al final de la novela el aedo cantará con su propia voz, podrá recuperar su lugar de Hombre y volverá a tener realmente su nombre.

 

 

 

Criminales: "Daimón" de Abel Posse

(Emecé, Buenos Aires, 1989)

 

Abel Posse es uno de los grandes autores de la literatura argentina actual. Nacido en 1934, escribió novelas, ensayos, cuentos, poemas a la vez que colaboraba de manera regular con periódicos tales como La Nación de Buenos Aires, El País y El Mundo de Madrid o El Nacional de Caracas. También fue profesor y diplomático.

 

En 1978, publica Daimón, primera parte de una trilogía dedicada a la Conquista que incluye también Los perros del paraíso (1983, Premio Rómulo Gallegos) y El largo atardecer del caminante (1992).

Encontramos con Daimón el mismo método que usa Gabriel García Márquez en Cien años de soledad : concentrar toda la historia de América Latina en un solo relato. Aquí es la historia del conquistador Lope de Aguirre que sirve para el proyecto.

 

Las etapas principales de la vida del conquistador y los personajes que lo rodearon aparecen en la novela. Una vida turbulenta de posteridad dudosa.

Se embarcó para las Indias Occidentales en 1534 y pronto se dió a conocer por su violencia y su crueldad. En las guerras civiles que oponen los españoles después de la conquista de Perú por Francisco Pizarro, toma partido por ese último. En 1544, cambia de bando y se pone del lado de Blasco Núñez Vela, primer virrey de Perú.

Sin embargo, es arrestado por haber violado las leyes de protección de los Indios y el juez Francisco de Esquivel lo condena a ser latigado públicamente. Lope de Aguirre perseguirá el juez durante más de tres años y lo matará.

En 1552, participa a la sublevación contra el virrey Antonio de Mendoza pero en 1559, se alista para la expedición al mando de Pedro de Ursúa y ordenada por el virrey de Perú Andrés Hurtado de Mendoza con el fin de encontrar el legendario El Dorado. Lleva consigo su amante, doña Inés de Atienza y su hija Elvira. La expedición cuenta con 300 soldados españoles, 500 indios a cargo del material y unas decenas de esclavos negros. Viajan por el río Marañon que dará su nombre a la compañía.

La exploración fue infructuosa y las condiciones muy duras. Dirigida por Lope de Aguirre, la tropa se amotina, asesina Pedro de Ursúa y nombra como nuevo jefe Fernando de Guzmán. Lope de Aguirre, quién niega la autoridad del rey, decide formar un reino independiente y Fernando de Guzmán es nombradoPríncipe de Tierra Firme y Perú”. Pero el que manda de verdad es Lope de Aguirre, no Fernando de Guzmán. En poco tiempo elimina todos los que se oponen a su autoridad, y también Guzmán y los que le son fiel.

Encabezando un grupo reducido de hombres, los "marañones", llega hasta la costa atlántica, se apodera de embarcaciones y emprende conquistar el Virreinato de Perú. En 1561, cuando toma la isla Margarita, en la costa de Venezuela, manda una carta al rey de España en la cual lo insulta y firma “Príncipe de la Libertad. Lope de Aguirre tendrá un fin trágico. Traícionado, asediado por la tropas reales, mata a su hija y a algunos de sus últimos compañeros y muere asesinado por uno de sus antiguos fieles. Su cuerpo será despedezado y disperso.

 

Abel Posse decide explorar el personaje en su dimensión de arquetipo de la independencia americana y elabora un relato como un palimpsesto con una cronología turbada : Aguirre y los que lo rodearon atraviesan la historia americana de la Conquista a las dictaduras contemporáneas. Así el Negro Niceforo, el esclavo, se ve negado un puesto de gendarme cuando emerge la república liberal que sigue la Independencia. Mientra el verdugo Carrión se volverá coronel...Abel Posse propone una lectura criminal y demoníaca de la emergencia histórica de América.

 

Basado en el enfrentamiento originario que fue la conquista, su relato del continente se vuelve eco de dos imaginarios (el de los conquistadores, el de los conquistados) e irrumpe en la dimensión mitológica de la Historia. Cada capítulo está introducido por un arcano : el Juicio, el Diablo, la Emperatriz...A lo largo de la novela, encontramos supersticiones y creencias que acompañaron el proceso de sincretismo cultural: las Amazonas, El Dorado, el chamanismo...y es interesante notar que la novela empieza con la exposición de una cacería salvaje, manada de muertos encabezada por un rey que causa terror aquí representado por Aguirre y su tropa constituída por la gente que él asesinó.

El universo fantástico que despliega la novela hace de América un espacio intermediario entre la Historia y la mitología. Personajes reales y personajes literarios se mezclan, los animales comentan lo que ocurre, el relato se vuelve delirio...


Un investigador de la Universidad de Murcia, Alejandro Hermosilla Sánchez, en un árticulo titulado El « daimón » del Lope de Aguirre de Abel Posse recuerda querappelle que « Durante lo que se conoce como platonismo medio se produjo una disquisición bastante interesante. Ésta consistía en la creencia en seres intermedios (démones, genios, potencias, espíritus) que servían de intérpretes, mensajeros, medios de relación y comunicación directa con la divinidad, que presidían revelaciones y predicciones, que salvaban la desolada separación del hombre de los Dioses y que hacían posible la transmisión de la acción providente divina hasta las criaturas inferiores.». El artículo vuelve sobre la historia de la noción de “demonio” que parece explorar Abel Posse en su novela: una noción que designaba una especie de espíritu inspirador del destino individual en los tiempos antiguos y que, poco a poco, llegó a designar el mal absoluto.

El novelista juega con las dos accepciones de la noción: el destino de Lope de Aguirre es trágico, infernal pero inspirado. Su destino abraza el de América porque fue uno de los precursores del espíritu de la independencia. Pero el Aguirre de Abel Posse es también eco de Fausto ligado por pacto al diablo y más aún eco de Don Juan que se niega a arrepentirse y sigue desafíando a Dios: "El hombre es solo su revuelta” podemos leer en la novela.

 

Página oficial de Abel Posse

Biografía de Lope de Aguirre

El “daimón” del Lope de Aguirre de Abel Posse por Alejandro Hermosilla Sánchez

DOC LATINO TOUT L'ETE!

Doc Latino

Programme Juin-Août 2018

Des séances de cinéma documentaire proposées tout l'été par l'Espace América,

centre documentaire dédié aux Arts et aux Cultures de l'Amérique Latine

de la médiathèque de Biarritz.

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Tous les jeudis, à 15h30

Auditorium de la Médiathèque de Biarritz

Entrée libre

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Saudade : Du fado au semba

de Jean-François Bizot et Rémy Kolpa Kopoul(VF, 26 min.)

/ Carnaval à la Havane de Claude Santiago(VF, 26 min.)

 

Deux courts documentaires pour deux voyages musicaux. Le premier nous emmène sur la trace de l'héritage portugais au Cap Vert, en Angola ou au Brésil, le second nous fait découvrir les « comparsas » du carnaval havanais.

 

Jeudi 7 juin 2018, 15h30, Auditorium

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Les troubadours de la Révolution mexicaine

d'Yves Billon et de Henri Lecomte

(V.O. Sous-titré en français, 53 min.)

 

Le Mexique est un conservatoire vivant de musiques qui sont les échos de sa longue et tumultueuse histoire notamment ceux d'un épisode fondateur de l'identité nationale : la Révolution de 1910.

 

Jeudi 14 juin 2018, 15h30, Auditorium

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Saudade do futuro

De Marie-Clémence et César Paes

(V.O. Sous-titré en français, 90 min.)

 

Qu'ils soient journaliste, maire ou chauffeur de taxi, les migrants du Nordeste du Brésil nous parlent de « leur » Saő Paulo. Ils sont venus dans le sud du pays pour fuir la sécheresse ou chercher fortune ou tout simplement travailler. S'accompagnant de leur guitare ou de leur tambourin, les « repentistas » nordestins, véritables chroniqueurs du quotidien, improvisent des rimes et des vers chantés.

 

Jeudi 21 juin 2018, 15h30, Auditorium

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Original funk, le son de la Nouvelle-Orléans

de Matthias Sanderson (V.F., 52 min.)

 

Berceau du blues, du jazz, du rythm'n blues, du funk, New Orléans a mélangé les apports français, espagnols, amérindiens, africains...une histoire de la musique américaine.

 

Jeudi 28 juin 2018, 15h30, Auditorium

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Por la libertad : Carlos Reygadas

de Laurence Garret(V.F., 85 min.)

 

Né en 1971, Carlos Reygadas est une figure majeure du renouveau du cinéma mexicain. Influencé par Tarkovski et par Dreyer, il a déjà réalisé quatre films, de Japon à Post Tenebras Lux. Laurence Garret dresse son portrait à partir de ses archives personnelles.

 

Jeudi 5 juillet 2018, 15h30, Auditorium

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El aguante : Résistance, patience, persévérance

de Nina Dupeux et Emmanuel Briand (V.F., 51 min.)

 

D'Argentine en France, des salariés menacés de licenciement sont, par nécessité plus que par choix, devenus des coopérateurs. Rien ne les y préparait. Tout était à inventer, à commencer par la solidarité indispensable pour résister aux forces conjuguées des propriétaires et de la police. Témoignages.

 

Jeudi 12 juillet 2018, 15h30, Auditorium

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Mattamorphose

de Guy Seligmann (V.F., 26 min.)

/Sarah Maldoror ou la Nostalgie de l'utopie

d'Anne-Laure Folly(V.F., 26 min.)

 

Deux courts métrages documentaires pour découvrir deux personnalités du monde américain : Arthur Bispo do Rosario, inspirateur involontaire de l'art contemporain brésilien et Sarah Maldoror, pionnière du cinéma politique noir antillais.

 

Jeudi 19 juillet 2018, 15h30, Auditorium

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Les branleurs de La Havane

de Cécile Patingre (V.F., 50 min.)

 

À La Havane, comme partout dans le monde, il arrive que des exhibitionnistes sévissent dans les salles de cinéma. Caissières, ouvreuses et spectatrices témoignent de la banalité de ces agressions qu’elles vivent entre hargne et résignation. Mais hors de question de se priver de cinéma !

 

Jeudi 26 juillet 2018, 15h30, Auditorium

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Bim, Bam, Boom : Las luchas morenas

de Marie Losier(V.F., 12 min.)

/ Zona Oeste

d'Olivier Zabat (V.O., 42 min.)

 

Frontalité et théâtralité dominent les entretiens qu'Olivier Zabat a menés avec les représentants de la « mauvaise vie » de Rio de Janeiro et où il concède à ses témoins, gangster ou policier,  un espace où puisse se dire la violence. Ce documentaire sera précédé d'un court-métrage sur des lutteuses professionnelles.

 

Jeudi 2 août 2018, 15h30, Auditorium

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Cinémas mythiques – Cinéma du bout du monde

de Joêl Farges (V.F., 52 min.)

 

Récit de la naissance du cinéma au Chili et histoire de la colonisation de la Terre de Feu se mêlent dans ce documentaire illustré d'images d'archives et d'extraits de films.

 

Jeudi 9 août 2018, 15h30, Auditorium

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Citoyens bois d'ébène

de Frank Salin (V.F., 52 min.)

 

Emmanuel Gordien est un "militant de la mémoire". Depuis vingt ans, il essaye avec son association de restituer à leurs descendants l'histoire et les noms oubliés de leurs ancêtres esclaves. Cette réhabilitation est accompagnée d'actions citoyennes : des stèles érigées dans l'espace public, en Ile-de-France et aux Antilles, portant les noms d'anciens esclaves.

 

Jeudi 16 août 2018, 15h30, Auditorium

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Marta et Karina, en discrète compagnie

de Philippe Crnogorac (V.F., 69 min.)

 

En Bolivie, à Sucre, Marta et Karina vivent de la prostitution. Chronique de leur quotidien, ce film s'engage à leurs côtés et leur donne la parole. Elles récusent les préjugés à l'égard de leur « métier » sans minimiser la violence sociale qu'il implique.

 

Jeudi 23 août 2018, 15h30, Auditorium

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Opération Correa :Les ânes ont soif

de Pierre Carles (V.F., 54 min.)

 

En 2013, la visite du président équatorien Rafael Correa se déroule dans un grand silence médiatique. Aucune radio, aucune chaîne de télévision n'évoque l'étonnant bilan social et économique de ce pays qui, depuis 2007, n'obéit plus au FMI. Enquête.

Jeudi 30 août 2018, 15h30, Auditorium

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"Escenas de un mundo sin la papa" de Fernando Iwasaki

Escenas de un mundo sin la papa

 

 

Fernando Iwasaki

 

 

ANTES DE EMPEZAR a contarles la historia que me he propuesto, le solicito a la traductora de mi texto que utilice la voz quechua papa en lugar de sus distintas equivalentes europeas -patata, potato, potet, kartoffel, cartof, krumpir, ziemniak, brambory o pomme de terre-, tal como decimos gol, web, clon, siesta o sushi. Después de todo, ¿cómo se dice cacao en francés, alemán, ruso, italiano, frisio, gaélico, esloveno, uzbeco y polaco? Sencillamente «cacao». Papa es una de esas palabras que debería ser universal, porque el mundo que conocemos sería impensable sin la papa. ¿Se imaginan que en cada lengua existiera una palabra distinta para viagra o condón? La humanidad viviría con más estrés, que por cierto es otra palabra universal menos en Suecia, donde estrés se dice påkänning.

¿Cómo es posible que la papa de los Andes, la papa de los incas y la papa de toda la vida tenga tantos nombres diferentes? Ni siquiera en España la llaman papa sino patata. Y en el colmo del sinsentido, papas fritas en inglés se dice French fries porque los soldados americanos las comieron así en Bélgica. O sea, que ni quechua, ni francés, ni inglés, ni flamenco, ni nada. Y que conste que los primeros cronistas que llegaron a los Andes en el siglo XVI, jamás llamaron patata a la papa. ¿Por qué se popularizó la voz patata en España?

Para empezar, la voz patata proviene del taíno batata, fruto que nada tiene que ver con el primero, porque la batata o camote es un tubérculo dulce. Colón en su Diario (1492) habló de “unas raíces como rábanos grandes” que los indios “cuecen y asan y tienen sabor propio de castañas” (1). En el Sumario de la Natural Historia de las Indias (1526) Gonzalo Fernández de Oviedo identificó aquellas raíces como batatas y volvió a hacer hincapié en que “asadas son excelente y cordial fruta”(2). Mientras tanto en los Andes, Pedro Cieza de León, refiriéndose a los alimentos de los indios de Quito, relató en su Crónica del Perú (1553) que “Al vno llaman Papas, que es a manera de turmas de tierra: el qual después de cozido, queda tan tierno por de dentro como castaña cozida”(3). Y para que quede claro que no se confundía con ningún otro fruto, Cieza de León afinó todavía más cuando escribió acerca de los cultivos de los Yungas de la costa: “críanse muchas batatas dulces, que el sabor de ellas es casi como el de castañas. Y assimismo hay algunas papas(4). Por otro lado, en su Historia natural y moral de las Indias (1590), el jesuita José de Acosta volvió a ponderar la importancia de la papa como alimento, al señalar que los hombres de los Andes “suplen la falta de pan con unas raízes que siembran que llaman papas, las cuales debajo de la tierra se dan, y éstas son comida de los indios, y secándolas y curándolas, hacen de ella lo que llaman chuño, que es el pan y sustento de aquella tierra”(5). Por último, el Inca Garcilaso en sus célebres Comentarios Reales de los Incas –publicados en 1609 y traducidos al inglés en 1625 y 1688 y al francés en 1633 y 1650- cuando escribió sobre las legumbres andinas proclamó rotundo: “Tiene el primer lugar la que llaman papa, que les sirve de pan; cómenla cocida y asada, y también la echan en los guisados”(6). Y para evitar confusiones apostilló: “Lo que los españoles llaman batatas y los indios del Perú apichu, las hay de cuatro o cinco colores, que unas son coloradas, otras blancas, y otras amarillas, y otras moradas; pero en el gusto difieren poco unas de las otras; las menos buenas son las que han traído a España”(7). Avecindado en Córdoba, el Inca seguramente habría saboreado las batatas malagueñas, aunque en su Tesoro de la Lengua Castellana o Española (1611)(8) Sebastián de Covarrubias no recogió ni papas ni batatas.

Recién en el siglo XVIII, con la edición del Diccionario de Autoridades (1726-1737), aparecen en la norma las primeras definiciones. Así, en la entrada dedicada a la «batata» leemos:

 

BATATA: Planta que cultivada y sembrada echa una raíz algo mayor de las que llaman papas, larga y tortuosa. Por de dentro es amarilla y por de fuera parda. Es mui sabrosa y dulce, y aunque de ella se hacen diversos dulces y almíbares muy delicados, con especialidad es más grata assada, y rociada después con vino y azúcar. En España se crían muchas en las cercanías de Málaga.

 

La definición anterior permaneció tal cual hasta 1817, conviviendo a lo largo de seis ediciones con la entrada correspondiente a papa:

 

PAPA: Ciertas raíces que se crían debaxo de la tierra, sin hojas y sin tallos.

Pardas por de fuera y blancos por de dentro. Es comida insípida(9).

 

Las papas continuaron siendo así de insípidas hasta la edición de 1817, aunque lo más curioso es que la voz patata fue definida –desde la primera edición de 1737 hasta la quinta de 1803- como “lo mismo que batata”. Por lo tanto, si el sustantivo patata viene del error de haberlo confundido con batata -aunque unas fueran dulces y las otras insípidas- quiere decir que desde el Descubrimiento de América hasta la promulgación de la Constitución de Cádiz en 1812, la papa o patata nunca fue un alimento de masivo consumo popular en la península Ibérica, a pesar de las Crónicas de Indias, de los trescientos años de dominación colonial y de la españolísima tortilla de patatas, cuya invención celebro.

No obstante, en otros países y en otras lenguas europeas la suerte del tubérculo andino fue muy diferente, pues luego de comprobar sus virtudes como ración marinera, el corsario Francis Drake llevó las primeras papas a Inglaterra en 1586(10), donde el botánico John Gerard certificó su valor alimenticio(11) y sir Walter Raleigh promovió su consumo(12). Los británicos adaptaron al inglés la voz taína-española patata, mas no cayeron en la misma confusión semántico-culinaria porque una se convirtió en sweet potato y la otra en white potato, bastard potato o simplemente potato, tal como ya la encontramos en el quinto acto de la comedia Merry Wives of Windsor (1598)(13) y en el mismo acto quinto de la tragedia Troilus and Cressida (1602)(14), ambas de William Shakespeare.  A lo largo del siglo XVII la patata formó parte de la dieta cotidiana de campesinos rusos, irlandeses y polacos, así como del rancho del ejército de Prusia, donde Federico «El Grande» implantó su cultivo con fines militares en 1751. Precisamente, el boticario francés Antoine de Parmentier descubrió las posibilidades alimenticias de la papa mientras fue prisionero de los prusianos y en 1785 consiguió que Luis XVI patrocinara el cultivo masivo de la patata para combatir las hambrunas de Francia.

Como se puede apreciar, a pesar de la curiosidad que despertaron las Crónicas de Indias desde el siglo XVI, el interés europeo por las «cosas» de América se concentró en los metales preciosos, relegando el conocimiento de la historia y la cultura de sus pueblos a esas minorías cultivadas que más tarde o más temprano siempre terminan aprendiendo o -en el mejor de los casos- cultivando. Es decir, cultivando papas, cultivando tomates y cultivando maíz, tres productos americanos que han revolucionado la gastronomía universal, por no hablar de otros alimentos andinos como la quinua.

¿Qué sería del mundo sin la papa?

Los españoles no tendrían ni su famosa tortilla ni las taurinas «patatas bravas»; los rusos no podrían preparar ni vodka ni aquella ensaladilla que por culpa de la «Guerra Fría» se llamó Olivier en Estados Unidos; los indios de la India se quedarían sin bonda y sin aloo pie; los suecos tendrían que olvidarse del lefse y del pitepalt; los gnochis desaparecían de las trattoria italianas y la raclette suiza dejaría de existir; en Japón echarían de menos las korokke y la nikujyaga; en Israel le dirían adiós al kugel y al knish, y los lituanos se quedarían sin su plato nacional -kugelis-, por no hablar de la infinidad de sopas, purés, souflés, ensaladas, vichyssoises, aguardientes y estofados ingleses, alemanes, irlandeses, italianos, franceses, escandinavos, escoceses y españoles que o son con papas o no son nada.

Por otro lado, de la fécula de la papa se obtiene un almidón que permite elaborar bolsas biodegradables que ya se han convertido en la mejor alternativa a los plásticos, y el Centro Internacional de la Papa del Perú -en colaboración con la NASA- ha seleccionado 65 variedades de papas entre las más de 3 mil que crecen en los Andes, para determinar cuál de ellas se adaptaría mejor a los suelos de Marte y así poder alimentar a las futuras colonias marcianas, tal como fantasearon los productores de la película The Martian (2015). ¿Conservará la papa su nombre cuando la siembren en Marte?

En El perfeccionista en la cocina (2003) el escritor británico Julian Barnes  confiesa cómo le encanta preparar platos extraídos de libros antiguos y así nos habla de ‟las patatas cocidas con peras, receta de Montaigne, un plato que el ensayista descubrió en 1580, cuando atravesaba Suiza para ir a Italia”(15). ¿Montaigne comió papas en Suiza en 1580? En mi edición española leo que Montaigne anotó que en Basilea ‟mezclan de buen grado rábanos o peras cocidas con el asado” y que en Lindau ‟mezclan ciruelas cocidas y tartas de pera y manzana al servicio de la carne”(16) y he confirmado que mi edición es fiel al original francés, lo que significa que Julian Barnes no se está alimentando nada bien, porque está mezclando proteínas, fructosa y carbohidratos. Sin embargo, le alabo el gusto porque entre el arte de comer y la ciencia de nutrirse, yo siempre elegiría lo más artístico.

Como la justicia tarda pero llega, la peruanidad de la papa -que tanto ha dado de hablar y sobre todo de comer por el planeta- ha irrumpido con fuerza gracias al repentino auge de la gastronomía de mi país, pues la gran sofisticación culinaria del sibarita contemporáneo es tomar un Ceviche en Ginebra, pedir un Arroz chaufa en Venecia o probar un Tiradito en Montecarlo. ¿Cuáles son los platos peruanos que llevan a nuestra papa por bandera?

En primer lugar la Causa, un puré de papas aliñado con ají y el incomparable limón peruano, que tradicionalmente se acompaña con atún, aguacate y huevo duro, pero que los modernos chefs han convertido en un entrante prodigioso. Otro primer plato sería la Papa rellena, donde la misma masa machacada se rellena de carne picada, cebolla, huevo duro, aceitunas y picantes que luego se reboza y se fríe procurando que quede crocante por fuera y tierna por dentro. Por último tendríamos la Papa a la huancaína, que consiste en una crema de picantes y queso fresco sobre distintas variedades de papas cocidas. Varias regiones del Perú poseen recetas parecidas que se diferencian por el tipo de papa (sólo en el Perú existen más de tres mil variedades) y los picantes de la salsa, como es el caso de la Ocopa arequipeña.

Si pasamos a los platos principales debería comenzar por el Lomo saltado, una maravilla creada por los inmigrantes chinos del siglo XIX, quienes metieron en sus woks todas las piltrafas desechadas por carniceros y matarifes, salteándolas con tomate, cebolla, pimiento, especias y por supuesto papas previamente fritas. Este plato acompañado de arroz blanco, es más bienhechor en los almuerzos que en las cenas. Otro extraordinario manjar de origen prehispánico vendría a ser la Carapulcra, cuyo origen se encuentra en las raciones de papa seca o deshidratada que los antiguos peruanos guisaban con carnes de llama o alpaca. Al parecer, los esclavos negros enriquecieron la primitiva receta andina con picantes, cacahuetes, canela, cebolla, pimienta, clavo de olor y otras carnes como la del pollo y el cerdo, pero siempre sobre la base de la papa seca de los Andes. Finalmente, no puedo concluir esta enumeración de platos principales sin mencionar el Ají de gallina, una deliciosa crema preparada con pollo cocido deshilachado, pan remojado en leche, quesos mantecosos y picantes andinos, servida sobre papas sancochadas, cuyo origen se encuentra en el barroco Manjarblanco español que era dulce en el siglo XVII, pero que los peruanos convertimos en salado y sobre todo picante.

Sin embargo, los antiguos peruanos jamás comieron papas fritas o sancochadas en agua hirviendo, sino cocidas o asadas como dejó escrito el Inca Garcilaso. Y ahora que ya sabemos que Michel de Montaigne jamás probó las papas en Suiza mientras viajaba hacia Roma, quisiera concluir precisando que al Señor de la Montaña le habría encantado conversar con el Inca Garcilaso, pues en el ensayo que le dedicó a «Los Carruajes» habló sobre los Incas del Cusco y sus palacios, tesoros, caminos, historia, conquista e incluso acerca de sus árboles:

 

...ni Grecia ni Roma ni Egipto pueden, ni por la utilidad ni por la dificultad ni por la nobleza, comparar ninguna de sus obras con el camino que se ve en el Perú, construido por los reyes del país, desde la ciudad de Quito hasta la de Cuzco -son trescientas leguas-, recto, liso, de veinticinco pasos de anchura, pavimentado, flanqueado a ambos lados por bellos y altos muros, y, a lo largo de éstos, por el interior, por dos acequias perennes bordeadas de hermosos árboles que llaman  mulli(17).

 

 

Aquellos hermosos árboles que evocó Montaigne se han convertido en parte del paisaje europeo gracias al penetrante aroma de sus hojas, pues el molle cusqueño es la Falsa Pimienta española o la Foux-Proivier o Proivier Sauvage francesa, tan común hoy en parques, viveros y jardines de la Europa Mediterránea. Si el Inca Garcilaso se encontrara ahora mismo en Biarritz o Bourdeaux con Montaigne, no le asombraría en absoluto que el humanista francés comiera papas. Más bien, lo que le extrañaría es que no las sazonara con hojas de molle, porque un buen manojo de molle perfuma las papas y les da un maravilloso sabor, entre sutil y feroz.

 

Notas:

1-Cristóbal COLÓN: Textos y documentos completos, Edición de Consuelo Varela, Alianza Universidad (Madrid, 1992), p. 160.

 

2-Gonzalo Fernández de OVIEDO: Sumario de la Natural Historia de las Indias, edición de José Miranda, FCE (México, 1979), p. 234.

 

3-Pedro CIEZA DE LEON: Crónica del Perú. Primera Parte, edición de Franklin Pease G.Y., Pontificia Universidad Católica del Perú (Lima, 1984), p. 130.

 

4-Op. Cit., p. 202.

 

5-José de ACOSTA: Historia Natural y Moral de las Indias, edición de Edmundo O’Gorman, FCE (México, 1979), p. 128.

 

6-Inca GARCILASO DE LA VEGA: Comentarios Reales de los Incas, edición de Carmelo Sáenz de Santa María, Biblioteca de Autores Españoles (Madrid, 1963), vol. II, p. 306.

 

7- Op. Cit., p. 307.

 

8-Sebastián de COVARRUBIAS: Tesoro de la Lengua Castellana o Española, edición de Felipe C.R. Maldonado, Castalia (Madrid, 1984).

 

9-DICCIONARIO DE AUTORIDADES (DA], Edición Facsímil, Real Academia Española - Gredos (Madrid, 1990).

 

10-. Redcliffe N. SALAMAN: The History and Social Influence of the Potato, Cambridge University Press (Cambridge, 2000), p. 147. La humanidad no recuerda a ningún español como introductor de la papa en Europa, sino a un mortal enemigo de la corona española como el corsario Francis Drake. En 1853 la ciudad de Offenburg (Alemania) dedicó un monumento a Francis Drake, en cuyo pedestal el escultor Andreas Friederich buriló: «Sir Francis Drake, diseminator of the potato in Europe in the Year of Our Lord 1586. Millions of people who cultivate the earth bless his inmortal memory».

 

11-Op. Cit., p. 146.

 

12- Ibidem, pp. 148-149.

 

13-En la escena quinta del quinto acto de Merry Wives of Windsor Falstaff le dice a Mistress Ford: «My doe with the black scut! Let the sky rain potatoes; let it thunder to the tune of “Green Sleeves”; hail kissing-confits and snow eringoes, let there come a tempest of provocation, I will shelter me here». Lo curioso del caso es que el primer traductor al español de la obra de Shakespeare fue el poeta peruano José Arnaldo Márquez, quien tampoco tradujo «potatoes» por «papas», aunque ignoro si los editores españoles corrigieron su traducción que quedó finalmente así: “¿Es mi cierva de pequeña cola negra? Que lluevan patatas; que los truenos canten la tonada de las «Mangas Verdes»; que caigan por granizo confites azucarados, que haya una borrasca de todas las tentaciones; yo me refugiaré siempre aquí”. Ver Guillermo SHAKESPEARE: Dramas [traducción de José Arnaldo Márquez], E. Domenech y Cía. (Barcelona, 1883), p. 371.

 

14-En la segunda escena del quinto acto de Troilus and Cressida Thersites exclama: «How the devil Luxury, with his fat rump and potato finger; tickles these together! Fry, lechery, fry!»

 

15-Julian BARNES: El perfeccionista en la cocina [traducción de Jaime Zulaika], Anagrama (Barcelona, 2006), p. 71.

 

16- Michel de MONTAIGNE: Diario de viaje a Italia, por Suiza y Alemania. Edición y traducción de Jaume Casals Pons, Península (Barcelona, 1986), pp. 28 y 38.

 

17- Michel de MONTAIGNE: Los Ensayos. Prólogo de Antoine Compagnon y edición y traducción de J. Bayod Brau, Acantilado (Barcelona, 2011), p. 1368.

Scènes d'un monde sans la “papa” par Fernando Iwasaki

Traduction de la conférence "Escenas de un mundo sin la papa" donnée le 13/04/2018 à la médiathèque de Biarritz.

 

Scènes d'un monde sans la “papa”

 

Fernando Iwasaki

 

 

         Avant de commencer à vous raconter l'histoire que je me suis proposée de vous raconter, je vais demander à la traductrice de mon texte qu'elle utilise le terme quechua papa au lieu de ses divers équivalents européens - patata, potato, potet, kartoffel, cartof, krumpir, ziemniak, brambory ou pomme de terre – de la même manière que nous utilisons les termes goal, web, clone, sieste ou sushi. Après tout, comment dit-on cacao en français, en allemand, en russe, en italien, en frison, en gaélique, en slovène, en ouzbèque ou en polonais? Tout simplement cacao. Papa est un des ces mots qui devrait être universel parce que le monde tel que nous le connaissons serait inconcevable sans la papa. Imaginez que dans chaque langue il existe un mot distinct pour dire viagra ou sexy? L'humanité vivrait avec plus de stress, qui, bien entendu, est un autre terme universel sauf en Suède où stress se dit påkänning.

        Comment est-il possible que la papa des Andes, la papa des Incas, la papa de toujours ait tant de noms différents ? Même en Espagne on ne l'appelle pas papa mais patata. Et, comble de l'absurdité, papas fritas en anglais se dit french fries parce que les soldats américains les mangèrent ainsi préparées en Belgique. Soit, ni papa quechua, française, anglaise, flamande, ni rien. Et qu'il soit bien clair que les premiers chroniqueurs qui parvinrent dans les Andes au XVIe siècle ne nommèrent jamais patata la papa. Alors, pourquoi le terme patata s'est ainsi popularisé en Espagne ?

D'abord, le terme patata provient du taino batata, une plante qui n'a rien à voir avec la première puisque la batata appelé aussi camote, est un tubercule sucré. Colomb dans son Journal (1492) parle de ”racines comme des grands radis” que les indiens ”cuisent et font griller et ont la saveur des châtaignes”. Dans la Somme de l'Histoire naturelle des Indes(1526), Gonzalo Fernández de Oviedo identifie ces racines comme des batatas et il souligne, lui aussi, que “grillées, ce sont des fruits excellents et revigorants”. Pendant ce temps, dans les Andes, Pedro Cieza de León, évoquant les aliments des Indiens de Quito, rapporte dans sa Chronique du Pérou (1553) que ceux-ci utilisent une plante qu'ils appellent “papa” “à racines presque semblables à des truffes […] Lorsqu'elles sont cuites, elles ont la pulpe presque aussi tendre que la purée de châtaigne”. Et pour bien indiquer qu'il ne confondait pas cette plante avec une autre, Cieza de León précise encore quand il écrit sur les cultures des Yungas de la côte : “on fait pousser beaucoup de batatas douces, dont la saveur est très proche de celle des châtaignes. Et aussi on trouve quelques papas”. De son côté, dans son Histoire naturelle et morale des Indes (1590), le jésuite José de Acosta a lui aussi évalué l'importance de la papa comme aliment en donnant cette information sur les hommes des Andes “toutesfois le défaut qu’ils ont du pain y est recompensé par les racines qu’ils sèment, lesquelles ils appellent Papas, et croissent dedans la terre. Ceste racine est le manger des Indiens, car les séchans et nettoyans ils en font ce qu’ils appellent Chugno qui est le pain et la nourriture de ces provinces… Enfin, l'Inca Garcilaso dans ses célèbres Commentaires royaux des Incas - publiés en 1609, traduit en anglais en 1625 et 1688 et en français en 1633 et 1650 – quand il écrivit sur les légumes andins affirma catégoriquement «  Le premier est celui qu'ils nomment papa, qui leur sert de pain ; ils le mangent bouilli ou rôti, et le mettent aussi dans leurs sauces. » Et pour éviter toute confusion, il ajouta : « Ce que les espagnols nomment batatas et les indiens du Pérou apichu, il en existe de quatre ou cinq couleurs, certaines sont rouges, d'autres blanches, et d'autres jaunes, et d'autres violettes ; mais elles diffèrent peu du point de vue du goût ; les moins bonnes sont celles que l'on a amenées en Espagne ».

Installé à Cordoue, l'Inca avait du certainement savourer les batatas de Malagua, bien que dans son Tesoro de la lengua Castellana Española (1611) Sebastián de Covarrubias n'ait collecté aucune papas ou batatas.

Plus récemment, au XVIIIe siècle, avec l'édition du Diccionario de Autoridades (1726-1737), apparaissent les premières définitions. Ainsi, à l'entrée batata, on peut lire : 

BATATA: Plante qui cultivée et plantée développe une racine un peu plus que grande que celles appellées papas, longue et tortueuse. Jaune à l'intérieur et rouge à l'extérieur. Elle est très savoureuse et sucrée, et bien qu'on l'utilise dans la préparation de divers desserts et sucreries fines, elle est particulièrement agréable grillée, et mouillée de vin sucrée. En Espagne, on en cultive beaucoup dans les environs de Málaga.

  Cette définition se retrouvera telle quelle jusqu'en 1817, accompagnée, durant six éditions, de l'entrée correspondant a papa:

 PAPA: Racines qui poussent sous terre, sans feuille et sans tige. Rouge à l'extérieur et blanche à l'intérieur. C'est un aliment insipide.  

Les papas restèrent ainsi insipides jusqu'à l'édition de 1817, bien que le plus étrange est que le terme patata fut définie – dès la première édition de 1737 jusqu'à la cinquième de 1803- comme « équivalent à batata ». Cependant, si le substantif patata vient de la confusion avec batata -bien que les dernières soient sucrées et les autres insipides- cela signifie que, de la Découverte de l'Amérique jusqu'à la proclamation de la Constitution de Cádiz en 1812, la papa ou patata n'a jamais été un aliment massivement consommé dans la péninsule ibérique, malgré les Chroniques des Indes, malgré les trois cent ans de domination coloniale et malgré la très espagnole omelette aux patates dont je salue l'invention.  

Néanmoins, dans d'autres pays et dans d'autres langues européens, le destin du tubercule andin a été différent, puisque, après avoir constaté ses vertus comme ration de marin, le corsaire Francis Drake amena les premières papas en Angleterre en 1586 où le botaniste John Gérard certifia sa valeur alimentaire et sir Walter Raleigh promut sa consommation. Les Britanniques adaptèrent à l'anglais le terme taino-espagnol patata mais ne répétèrent pas la confusion sémantico-culinaire puisque d'un côté on a la sweet potato et de l'autre la white potato, bastard potato ou tout simplement potato, telle que nous la trouvons dans le cinquième acte de la comédieLes Joyeuses commères de Windsor (1598) et dans le cinquième acte de la tragédie Troilus et Cressida (1602), deux pièces de William Shakespeare. Tout au long du XVIIe siècle, la papa fit partie de la diète quotidienne des paysans russes, irlandais ou polonais, ainsi que de la soupe de l'armée de Prusse, où Frédéric le Grand implanta sa culture dans une perspective militaire en 1751. Et justement, le pharmacien français Antoine de Parmentier découvrit les potentialités alimentaires de la papa quand il était prisonnier des prussiens. En 1785, il obtint de Louis XIV qu'il parraine la culture massive de la papa pour combattre les famines de France. 

Comme on peut le mesurer, malgré la curiosité qu'éveilla les Chroniques des Indes à partir du XVIe siècle, l'intérêt européen pour les « choses » d'Amérique se concentra sur les les métaux précieux, reléguant la connaissance de l'histoire et de la culture de ses peuples à ces minorités que l'on cultive et qui finissent toujours, à la longue, par apprendre -ou au mieux- par cultiver. C'est à dire, cultiver des papas, cultiver des tomates et cultiver du maïs, trois produits américains qui ont révolutionné la gastronomie universelle, sans parler d'autres aliments andins comme le quinoa. 

        Que serait le monde sans la papa ?

        Les Espagnols n'auraient pas leur fameuse omelette ni les taurines patatas bravas; les Russes ne pourraient pas préparer la vodka ni la salade que, durant la Guerre froide, on appela Olivier aux Etats-Unis; les Indiens d'Inde seraient privés de bonda et d'aloo pie; les Suédois devraient oublier le lefse et le pitepalt; les gnochis disparaîtraient des trattoria italiennes et la raclette suisse n'existerait plus; au Japon, on regretterait les korokke et la nikujyaga; en Israel on dirait adieu au kugel et au knish, et les Lituaniens perdraient leur plat national - kugelis-, sans parler de l'infinité de soupes, purées, soufflés, salades, vichyssoises, eaux-de-vies et ragoûts anglais, allemands, irlandais, italiens, français, scandinaves, écossais et espagnols qui sont à la papa ou ne sont rien.

         Par ailleurs, la fécule de papa donne un amidon qui permet l'élaboration de sacs biodégradables qui sont devenus la meilleure alternative aux plastiques, et, au Centre International de la Papa au Pérou -en collaboration avec la NASA – on a sélectionné 65 variétés de papas parmi les 3000 cultivées dans les Andes pour déterminer quelles seraient celles qui s'adapteraient le mieux aux sols de Mars et ainsi pouvoir alimenter les futures colonies martiennes, comme les ont rêvées les producteurs du film Seul sur Mars (2015). La papa conservera-t-elle son nom quand elle sera cultivée sur Mars?

         Dans Un homme dans sa cuisine (2003), l'écrivain britannique Julian Barnes avoue qu'il adore préparer des plats issus de vieux livres et il nous parle des “patates cuites avec des poires, une recette de Montaigne, un plat que l'essayiste découvrit en 1580, quand il traversait la Suisse pour se rendre en Italie” Montaigne a-t-il mangé des papas en Suisse en 1580? Dans mon édition espagnole, je peux lire que Montaigne nota qu'à Bâle “On ajoute volontiers des grands radis ou des poires cuites au ragoût” et qu'à Lindau “on sert des cerises cuites et des tartes aux poires et aux pommes avec le plat de viande” et j'ai bien vérifié que mon édition est fidèle à l'original en français, ce qui signifie que Julian Barnes ne se nourrit pas du tout correctement, puisqu'il mélange les protéines, le fructose et les glucides. Je salue cependant son bon goût parce que, entre l'art de la table et la science nutritionniste, moi, j'ai toujours choisi le plus artistique.

Comme la justice est lente mais finit toujours par se faire, l'identité péruvienne de la papa qui a tant fait parlé et a, surtout, tant alimenté dans le monde entier s'est manifesté avec force grâce au brusque développement de la gastronomie dans mon pays, puisque la sophistification culinaire ultime du sibarite contemporain est de commander un Ceviche à Genève, demander un Arroz chaufa à Venise ou goûter un Tiradito à Montecarlo. Quels sont les plats péruviens qui sont les porte-drapeaux de notre papa ?

         Tout d'abord, la Causa, une purée de papas assaisonné de piment et de l'incomparable citron péruvien que l'on accompagne traditionnellement avec du thon, de l'avocat et de l'oeuf dur, mais dont les chefs modernes ont fait une prodigieuse entrée. Un autre de ces premiers plats serait la Papa rellena, dont la chair écrasée est mélangée avec de la viande hachée, de l'oignon, de l'oeuf dur, des olives et des piments et qui est ensuité panée et frite de manière à être croquante à l'extérieur et tendre à l'intérieur. Enfin, on aurait la Papa a la huancaína, qui est une crème de piments et de fromage frais que l'on verse sur différentes variétés de papas cuites. Diverses régions du Pérou ont des recettes voisines qui se différencient par le type de papa (Rien qu'au Pérou il en existe plus de trois milles variétés) et par les piments de la sauce, comme par exemple, dans l'Ocopa arequipeña.

Si on passe aux plats principaux, on doit commencer par le Lomo saltado, une merveille inventée par les immigrants chinois du XIXe siècle qui mirent dans leur woks tous les restes jetés par les bouchers et les employés d'abattoirs, et les firent sauter avec de la tomate, de l'oignon, du piments, des épices et, bien entendu, des papas frites préalablement. Ce plat accompagné de riz blanc, est plus bienfaisant au dejeûner qu'au dîner. Comme autre délice extraordinaire d'origine préhispanique on pourrait évoquer la Carapulcra, dont l'origine se trouve dans les rations de papa séchée ou deshydraté que les anciens Péruviens cuisinaient avec de la viande de lama ou d'alpaga. Il semblerait que les esclaves noirs enrichirent la recette andine primitive de piments, de cacahuettes, de cannelle, d'oignon, de poivre, de clou parfumé et d'autres viandes comme celles du poulet et du porc, mais la base est toujours la papa séchée des Andes. Pour finir, je ne peux conclure cette liste de plats principaux sans mentionner l'Ají de gallina, un délicieux velouté préparé avec du poulet émincé et cuit; avec du pain trempé de lait, avec des fromages crémeux et des piments andins; servie sur des papas à la vapeur, dont le nom trouve son origine dans le terme baroque espagnol Manjarblanco, un dessert du XVIIe siècle mais que les Péruviens ont transformé en plat salé et surtout piquant. 

Cependant, les anciens Péruviens n'ont jamais mangé de papas frites ou à la vapeur mais des papas cuites ou rôties comme l'indiquait l'Inca Garcilaso. Et, maintenant que nous savons que Michel de Montaigne n'a jamais mangé de papas en Suisse alors qu'il voyageait vers Rome, je souhaiterais terminer en indiquant que Monsieur de la Montagne aurait eu grand plaisir à converser avec l'Inca Garcilaso, car dans l'essai qu'il consacra aux “Coches” il parle des Incas de Cusco et de leurs palais, de leurs trésors, de leurs chemins, de l'histoire, de la conquête et même de certaines essences silvestres.

...ni Grèce, ni Rome, ni Egypte ne peut, soit en utilité, ou difficulté, ou noblesse, comparer aucun de ses ouvrages au chemin qui se voit au Pérou, construit par les rois du pays, depuis la ville de Quito jusqu'à celle de Cuzco (il y a trois cent lieues), droit, uni, large de vingt-cinq pas, pavé et revêtue de côté et d'autre de belles et hautes murailles, et le long d'icelles, par le dedans, deux ruisseaux perennes, bordés de beaux arbres qu'il noment “mulli”.”

 

Ces beaux arbres évoqués par Montaigne font partie du paysage européen grâce aux pénétrants arômes de leur feuillage, puisque que le molle de Cuzco est le faux-poivrier que l'on trouve si communément dans les parcs, les serres ou les jardins de l'Europe méditerannéenne. Si l'Inca Garcilaso se trouvait aujourd'hui même à Biarritz ou à Bordeaux avec Montaigne, il ne s'étonnerait pas le moins du monde que l'humaniste français mange des papas. Au contraire, ce qu'il trouverait étrange c'est qu'il ne les assaisonne pas de feuilles de molle, parce qu'une bonne poignée de molle parfume les papas et leur donne une saveur merveilleuse, entre subtile et féroce.